dimanche 21 juin 2009
Banc de bord de mer.
La vieille dame était assise sur un banc de pierre
blotti au pied d’un haut mur de Saint-Pierre. Appuyée sur une canne
élégante, elle m’observait, non pas du coin de l’œil, mais bien dans
l’axe. À peine arrivé sur cette plage, j’avais senti son regard se
poser sur moi. Pas un regard hostile, non. Plutôt amicalement moqueur.
Dans ces cas-là, je n’hésite pas : droit au but, j’ai marché vers elle.
« C’est vous le monsieur du Pas-de-Calais ? Je vous ai vu
arriver dans la maison de ma fille… C’est mon gendre qui vous a
accueilli ! Il est gentil mon gendre ! »
Et sa langue se délia pendant de longues minutes. Je savais
tout : la plage et le port, la vie du village et la messe du dimanche,
le pain du boulanger et le lard grillé du charcutier local…
Ce lard grillé, une gourmandise ! Je ne sais pas quel est le «
truc » mais je l’aborde comme une gourmandise. Croustillant et
moelleux, parfumé et délicat. Nul besoin de fourchette ou de couteau,
j’y mords à belles dents.
« Oui, Madame ! J’ai fait la connaissance de ce mets. Et je
m’en fais une fête !... » Et je lui racontais les en-cas improvisés que
j’accompagnais d’un morceau de pain tranché au couteau.
Je lui racontais les bouts de doigts que je léchais afin de ne rien perdre du festin.
Je lui racontais mes lèvres luisantes parsemées de croustilles happées par le bout de la langue.
Je lui racontais mes yeux gourmands rivés à la croûte dorée, mon regard envouté par une cérémonie Curnonskyenne.
Je
lui racontais mes oreilles imprégnées de ces petits craquements de
gaufrettes. Je lui racontais mes narines grandes offertes aux senteurs
de cette spécialité locale…
Je lui racontais tout. Appuyée sur sa canne, elle me regarda
fixement, d’abord avec un sourire grandissant. Brusquement, elle happa
mon épaule. Je sentis une petite main nerveuse s’appuyer fermement.
Je lui offris mon bras et je la déposai à sa porte. Je l’ai
revue deux fois lors de mon séjour. Cinq fois lors du suivant. Racontée
par elle, la plage avait un petit air d’ailleurs, tout en restant au
bas du mur de pierre.
Était-elle la gardienne des lieux ?
lundi 1 juin 2009
Plage en Manche.
J’ai profité de la plage
en toute liberté. Personne pour m’entendre, personne pour barrer mon
chemin. Je l’ai découverte par son nord, par le chemin côtier. Cette
façon de découvrir un endroit devrait être obligatoire ! Je m’y suis
promené au moins une fois par jour ! J’y ai appris à ne rien faire, à
me laisser guider par le vent, les vagues, les nuages.
J’ai pensé à ceux que j’aime, à ceux que j’ai aimés, à ceux que j’aimerai demain, ou après-demain…
Il
y a des mots que je garde pour moi. Rien que pour moi. Et si tu désires
me comprendre, regarde ces vues, et laisse-toi porter.
Bonne semaine !
vendredi 29 mai 2009
Content du Contentin, premier sentier.
Ce brave diésélito avait ronronné tout au long de
mon chemin, sans la moindre expectoration. Il m’a emmené sans
rechigner, toujours fidèle, jusqu’à la presqu’île.
J’avais déjà
foulé cette terre du bord de mer, un peu de cette petite Irlande où
l’air est si différent… Je m’étais promis d’y revenir.
J’ai d’abord voulu savoir ce que le chemin côtier avait à me dire. Juste de
quoi poser les pieds, des herbes drues, des buissons grouillants, et un
bon sens de l’équilibre.
Quelques mètres, quelques respirations et l’APN sortait de la poche. Une pause pour une pose à chaque coup de vent, chaque bruissement d’ailes, à chaque murmure perçu entre les rochers. Il y régnait une atmosphère étrange, magique… Quelque chose dans l’air, quelque chose et moi. Au loin, la plage de Sciotot me tendait les bras.
J’aime cette valse-partage entre l’eau et la terre, entre les hautes et
basses humeurs des lieux. Une plage si menue destinée aux petits pieds,
une plage si démesurée destinée aux grandes solitudes…
Et toujours ce sentier qui avance. Qu’y a-t-il derrière le prochain
virage ? Un mystère enrobé d’une bolée d’air, une rumeur marine ficelée
par une aventure improbable.
J’aime m’arrêter et sentir la terre tourner. Voir au loin et plonger le
regard dans une ligne horizontale arrondie. De quoi faire bondir les
profs de math de mes autrefois qui se perdent. Comment leur expliquer
que l’horizon n’est pas une ligne horizontale ?
Sourire.
Soudain, des cris, des voix neptuniennes…
Étrangeté des sons perçus.
Dans ce bleu soleil qui m’éclabousse, là ! Des ronds dans l’eau !
Dans le grand silence bleu, les dauphins jouent, crient, s’interpellent, sautent…
Toute une troupe !
Mon APN est impuissant devant ce spectacle. Tu vois, si tu ouvres grand
tes yeux, tu pourras sans doute les deviner sur ces quelques photos. À
chaque déclenchement, ils étaient en plongée et ne reparaissaient
qu’entre deux prises clichés. Bandes de galopins !
C’est
ainsi que j’ai passé quelques jours en Normandie. Dans le Cotentin pour
être plus précis. Un département où je reposerai volontiers mes pas un
de ces jours… 
En attendant, je lis vos messages si réconfortants… Une liste longue comme un banc d’huîtres sauvages. Mais il y a aussi le quotidien à gérer, mes soixante-quatre mètres carrés, les petits, Diésélito le coquet,…
samedi 28 février 2009
Un grain de sable dans l'oeil
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La plage blanche s’étirait jusqu’au cap des Indolents.
J’avais
ôté mes chaussures et les avais accrochées sur les côtés de mon sac.
Elles se laissaient dorloter au rythme de mes grands pas. Je les aimais
ces chaussures, elles ne me quittaient jamais. Parfois, elles
quittaient mes pieds pour aller se reposer dans un petit coin discret.
Plaisir de se retrouver.
Ces solitudes marines ont toute ma
bienveillance. Me laisser glisser en douce le long des barbes d’écume,
évitant à toute compagne incontinences verbales et flots de paroles
folles. Chacun trouve son plaisir, l’une sur son écoumène, l’autre sur
son no man’s land.
No man’s land. Une curieuse expression à
l’instant où sur le sable une paire d’accessoires féminins attira mon
regard. Personne à l’intérieur. À l’extérieur ? Non plus !
Une plage et le silence. Des vagues sur l’horizon.
Une tête qui émerge. Puis un corps tout en rondeurs luisantes de
gouttes de mer. Un immense sourire félin et des yeux couleur sirène.
Je restai planté sur plage, incapable de bouger.
-J’avais un grain de sable dans l’œil ! Alors je me suis rincé l’œil !... un peu comme vous maintenant !
De coutume imperturbable, je me sentais déstabilisé mais fort heureux… quelque part.
De
mots en vagues et d’écume en coup de vent, nous avons marché de concert
jusqu’au cap des Indolents. Deux chemins parallèles n’ayant jamais de
points communs. Hormis nos mains l’une dans l’autre. Sa demeure se
cachait derrière la colline, bercée entre océan et hautes herbes sèches
des marais. À l’arrière, tourné vers le continent, un jardin que l’on
devine sauvageon.
-La balançoire est cassée et le moulin ne tourne plus ! Fit-elle en posant une main sur mon épaule. Tu peux les réparer ?
J’ai
réparé le moulin. J’ai réparé la balançoire. J’ai laissé l’horizon
s’enflammer. J’ai laissé le temps passer entre l’océan et la terre.
J’ai remis les chaussures que j’avais accrochées sur les côtés de
mon sac. Je me suis laissé dorloter au rythme de mes grands pas.
Une plage et le silence. Des vagues sur un horizon éteint. Seule une voix qui s’éloigne en murmurant.
-Que serais-je sans toit qui vint à ma rencontre…
samedi 17 janvier 2009
Cancale, premier matin
Cancale.
Dès le lendemain matin, je m’étais mis en tête de découvrir la mer. De redécouvrir la Mer. Je l’avais décidé la veille, peu après mon arrivée. La nuit était tombée et des vagues je n’avais entendu que les chants. Pourquoi étais-je tant attiré par ces rivages ?
Toujours le regard rivé vers le couchant. La lumière du jour se faisait belle rien que pour moi. Personne n’en devait douter ! Une lumière digne de regards amoureux. Une lumière incorruptible qui enveloppait les derniers silences d’une nuit qui hésitait à passer de l’autre côté de l’horizon. D’une nuit discrète qui se dévoilait comme une sirène sortant de la brume. La baie s’offrait toute entière au passager d’un instant.
« Ils » m’avaient laissé le quai, la jetée, la plage ! « Ils » avaient senti que j’avais besoin viscéralement de ces moments de solitude ! Les ébats de la nuit les ayant exténuées, les vagues tentaient une trêve salutaire en brodant une grève solitaire. Les huîtres somnolaient encore, égales à elles-mêmes, bien calfeutrées entre leurs coquilles opalines.
Personne sur le quai. Je fis une pause au beau milieu du site. Mes godillots n’en revenaient pas… Trois cent-soixante degrés plus tard, j’étais revenu à mon point de départ.
Je suis allé saluer les parcs qui se découvraient à peine. Timidement. La vie s’éveillait graduellement. Regards qui se croisaient toujours dans le même silence. Dans la même méfiance envers cet insolite promeneur matinal.
Une femme sourit. Bonjours échangés. Elle s’éloigna dans le gris et disparut. Était-ce une sirène ? Moments subtils où se mêlent les éléments qui font ma vie. Il faut que je te dise : j’étais heureux.
Sur la jetée, je plongeais par habitude les mains dans mes poches. L’air était vif, le vent déploya une ride ou deux et s’engouffra entre les bateaux qui dormaient.
Personne à bord. Ou pas encore. Dans quelques heures je croiserai le regard horizon des hommes de la mer. Ils ne me verront pas, leur regard portera déjà trop loin. Ils glisseront sur les flots en me tournant le dos. Et les vagues s’écarteront, les laissant passer sans un mot. Posant leurs filets, ils ne sentiront guère le sel qui grave les rides sur les fronts éventés. Leur fier bateau semblera un frêle esquif balloté au gré des humeurs de Neptune. Eux, ces hardis marins, surnageront sereins. Ils ramèneront à la maison de quoi nourrir la maisonnée. Les filets remontés grouilleront de poissons frétillants ou d’espérances contrariées par un vide absolu.
Ma flânerie cessera au bout de la jetée, là où leur monde commence.
Découvrez Vangelis!
mardi 2 septembre 2008
Un bateau sur la plage
La plage solitaire nous emmène au port. Rien que du sable, rien que des pas, rien que des vagues. Sur le rivage des adieux, un bateau s’est hissé pour se reposer éternellement. Il ne laisse plus derrière lui le sillage qui exaltait son courage. Le ciel est bleu, simplement bleu. J’ai beau tendre l’oreille, je n’entends que le bruit du vent et de quelques oiseaux de passage. L’homme n’est pas présent, l’a-t-il déjà oublié ? J’en doute fort.
Je tourne autour, pas à pas, le cœur lourd. La coque de bois sec se craque sous le vent. « Bateau ! As-tu une âme ? » Pas de réponse bien sûr, je m’en doutais ! Sur une grosse pierre esseulée par la mer, je m’installe. Je tente de rêver, comme à mon habitude. Je ne peux pas te dire la liste des images, elles passent trop vite. Une seule s’imprime. La plus simple, la plus jolie. L’APN sur le front, je l’ai photographiée. Clique sur l'image, tu verras.
dimanche 17 août 2008
La baigneuse solitaire
C’est l’envie d’ôter les chaussures qui domine l’instant. Les touristes, tous ivres de soleil et de cris, remontent la plage avec la marée. Ils s’abritent sur des serviettes à peine repassées. Je préfère m’égarer vers les bouchots que les vagues désirent me dissimuler. La mer déroule ses parchemins d’écume. Les rouleaux à peine nés se déplient en une longue course agonisante. Le vent siffle en silence une chanson déserte. Je marche vers le soleil couchant, comme à mon habitude. Ne me demande pas pourquoi !
La baigneuse solitaire me fait signe de la main. Je vais bien semble-t-elle dire. Son ombre se fond dans l’onde animée. Elle me sourit, me tourne le dos et s’enfonce dans le bleu de l’horizon. Un oiseau blanc transperce les longues barres blanches et la baigneuse solitaire continue. L’écume déborde de la ligne céruléenne et ferme les cieux d’une journée trop ensoleillée. Une plage s’endort dans les silences retrouvés, loin des bruits réprouvés. Et les vagues continuent d’avancer. Le sable oublié se mouille pour la nuit, j’avance. Mes pieds se régalent, ils sont friands de ces sensations offertes sans cérémonie. Je me plais à fendre les hachures d’albâtre. Je voudrais tout prendre : les vagues, le vent, les oiseaux, l’air salé, tout.
Mais la baigneuse continue quand même. Je me suis fondu dans son décor. Je n’existe plus. La marée m’a poussé vers la dune clôturée, celle que les hommes ont emprisonnée parce que d’autres hommes l’ont libérée. Le soleil est passé de l’autre côté, tout rond, tout chaud. Il a posé sa tête sur un coin du monde et s’est endormi sans un soupir. Je rentre à la maison, les pieds dans l’eau. La plage m’est abandonnée.
La baigneuse, je l’ai perdue de vue...












































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