mercredi 22 avril 2009
Gégé se taisait...
Gégé
se taisait. Le vent d’Est égratignait la porte d’entrée. Un volet bleu
se jouait des bourrasques en claquant sans rythme, juste pour embêter
le monde comme disait le vieux Gabriel. Au sud, narguant la colline de
Roger, un infatigable soleil semblait ralentir sa trajectoire comme
s’il voulait que les moments passés derrière les murs de la vieille
maison de pierres de pays fussent éternels.
Le vent continuait
son inlassable discours. Le tilleul lui faisait des signes par delà le
chemin. Impossible de s’emparer du moindre parfum végétal en ces heures
si peu paisibles.
Gégé voyait bien le tracteur monter et
descendre les pentes du vallon. Le foin se couchait, son heure de
gloire avait sonné. L’air moins tourmenté laissait les insectes se
poser au gré de leurs désirs. Un papillon aventureux osa faire une
pause sur mon épaule.
Gégé se tourna vers moi.
-Un papillon sur l’épaule !...
-Couleur ?
-À ton avis ? »
Le lépidoptère, téméraire, vint se poser sur le bord de mes lunettes.
« Ne reste pas ici ! Le stationnement est interdit ! »
Le vent d’Est en profita pour cesser ses manœuvres.
« Et si on allait dans la vallée ? »
Je ferme les guillemets car ce sont à peu près les seules paroles que nous échangeâmes pendant les deux heures qui suivirent. Il faudrait que tu nous voies un jour nouer de concert nos lacets. Entendre le chant de nos godillots sur la route dure. Capter leur rythme sur les cailloux. Et se faire taiseux au bord de la rivière…
Il faudrait que tu nous voies nous émerveiller devant le vol du milan royal. Le départ d’un animal dans une futaie trop touffue. Le goût des baies sauvages. L’odeur des prés si guillerets.
Il faudrait que tu sois là, tout simplement...
jeudi 30 octobre 2008
Lignes endormies
J'avais écrit ces lignes il y a quelques mois. Elles s'étaient endormies mollement dans un coin du disque dur, elles sentaient que je ne les aimais pas beaucoup. Et puis il y a eu une petite lumière dans la nuit qui m'a incité à les publier ici. Bien sûr, j'ai cherché une photo pour illustrer mais comme tu peux le constater, je l'avais déjà prise il y a quelques temps. Vraiment pas doué pour les collages, j'ai utilisé les feuilles récupérées dans un coin de mes soixante-quatre mètres carrés!
Tu te demandes peut-être pourquoi j’aime m’asseoir sur mon banc de pierre alors que l’air se rafraichit ? C’est qu’il est le seul endroit où je peux méditer dans le calme et la sérénité. C’est le seul endroit où les visages de ceux que j’ai aimés viennent se blottir sous mes paupières, nimbés dans de doux souvenirs. Je préfère l’heure de la grande bascule, quand l’air du jour cède la place à l’air de la nuit.
S’intercalent ensuite les visages de ceux que j’aime. L’harmonie du bouquet se fait seule, au gré des hasards de la chimie de mon cerveau. Tu ne seras pas surprise si je te disais que souvent mes bras se referment sur le vide. Pas sur le néant. Elles et Ils sont plus loin que la longueur de mes membres. La terre tourne et les visages passent. Pourtant, j’aurais tant besoin de serrer, d’embrasser et de caresser aussi. J’ai besoin d’aimer, de partager et d’échanger également. Dans les minutes moites qui précèdent le soir profond, il m’est plus facile de leur parler en secret. Car il ne faut pas que ça se sache ! Il ne faut pas que l’on sache que je converse encore avec les contemporains qui vivent loin et les absents qui sont si près. Pourquoi ? Me demandes-tu ? Tu peux demander, je ne te répondrai pas. Je ne donne pas de réponses quand je n’en ai pas. Tu le sais bien.
Le petit
chat est fâché après moi. J’avais oublié que nous ne vivions pas dans la même
dimension. Il n’a pas apprécié mes caresses. Ou les repas que je lui ai
offerts. Il a déjà oublié que je l’avais nourri au biberon quand il s’était
retrouvé seul, bousculé par les vicissitudes de la vie. Je n’espère qu’une
chose, qu’il revienne se frotter contre moi. Je le reprendrai comme autrefois,
en le respectant.
Me voici
dans le bureau. Mon bureau. Mon domaine. J’y vois venir la nuit, parfois
poindre le petit jour. Les merles des étés naissants s’y font entendre par la
fenêtre toujours ouverte. Ou entrouverte. Les livres se sont endormis mais la
poussière ne parvient pas à les tenir au chaud, j’y veille. Un véritable cocon
de papillon nocturne.














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