Soixante-quatre mètres carrés

Voyage tranquille au fond de mon jardin... et un peu plus loin.

dimanche 25 janvier 2009

Tu me manques,

Je ne t’en ai jamais parlé mais je poserai ce soir quelques mots en souvenir de ma grand-mère. Il y a longtemps qu’elle n’est plus mais j’ai voulu « continuer  son histoire »…

Je voudrais marcher encore auprès de toi. Je suis encore dans mon présent et toi, tu es déjà loin dans ton passé. Tu froisses parfois de vieilles dentelles de Calais, celles qui entourent les photos qui racontent le temps jadis. Dans le vieux buffet aux portes usées, la théière s’endort et s’empoussière. Ils sont loin les petits biscuits à la cannelle. Les tiroirs débordent de trésors que le petit bonhomme explore méticuleusement. Tu le regardes et ne dis rien. Il fouille un passé assoupi avec les ardeurs d’un aventurier des temps nouveaux.

Tu mets encore ta robe à grosses fleurs, celle qui te fait vivre le dimanche au quotidien. Tu manques de temps pour t’offrir des semaines entières. Tu m’as dit que ton automne s’est enfui, ne reste plus qu’un long hiver éclairci de roses de noël. Tu as eu toute une vie pour préparer le bois qui te chauffe aujourd’hui. Le petit bonhomme et sa petite sœur font pétiller ton atmosphère, ils parviennent encore à te faire rire, eux. Je t’ai vu jeter un coup d’œil malicieux vers le portrait pâli du grand-père droit comme un i majuscule.

Et lui Mamie, c’est qui ?
Lui, c’est plus qu’un ami. Il était mon mari, compagnon d’une vie.

Pourquoi il est pas là ?
Il est parti là-bas, d’où on ne revient pas. C’était votre grand-père, de vous il serait fier !
Et remettant une pelle de charbon luisant dans ta cuisine, tu fredonnes une chanson dont je suis le dernier à saisir les paroles.

Il fait bon chez toi.

Grand-Mère, tu me manques ce soir ! J’étais un tout petit bonhomme avec de toutes petites jambes et tu m’as porté sur ton dos, je m’en souviens encore. Quel fardeau pour toi, ce sac si lourd et cet enfant endormi ! Ce petit garçon qui se souvient des oies qu’il gardait avec sa baguette de coudrier, qui se souvient des soirs d’hiver sous les plumes si légères, des matins magiques où la nuit avait dessiné des fleurs universelles sur les vitres engourdies. Je me souviens de tes belles histoires du soir qui me faisaient fermer les paupières.

Je me souviens de tant de choses : des couleurs et des sons, des chansons aux paroles mystérieuses, des odeurs de thé et de fruits confits, des parfums de savon et d’eau de Cologne.

Grand-Mère, tu me manques ce soir ! Oui, tu me manques…

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Posté par Tonton J à 10:09 - Humeur du moment - Commentaires [42] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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