mardi 28 avril 2009
"Mémère Florine"
Je
m’appliquais à bien touiller les fruits dans le chaudron que m’avait
prêté l’oncle Max. Les fraises se transformaient petit à petit en cette
délicieuse confiture éphémère qui charmerait les papilles des petits et
des grands. Les miennes en premier, je suis gourmand. Et pouvoir happer
au passage quelques gouttelettes de cette magnifique explosion de goût,
de senteurs, de parfums…
Je te laisse imaginer combien ce
moment m’est précieux ! Les fruits fondaient et disparaissaient dans
des spirales de sucre engendrées par une cuillère en bois. Magnifique
outil de caresse…
Quelques pensées se mêlaient aux vapeurs enivrantes… En fait, les fraises ne sont pas de vrais fruits ; ce sont des induvies.
(Ce qui, en chinois, s’écrit [植](带鳞片的)壳斗). Le fait de le savoir
m’importait peu, et encore moins maintenant, à l’heure où j’écris ces
lignes.
Bref !... J’étais « bien » !
Soudain, alors
que je me croyais seul, une petite voix aigrelette, juste derrière moi,
me fit sursauter ! Je faillis lâcher ma cuillère !
-Ne bousculez pas trop les fraises ! Elles vont se rebeller !
-En douceur…oui, en douceur !
Je
fis ce jour-là la connaissance de Mémère Florine. C’était la grand-mère
de la voisine de l’Oncle Max. Elle disposait d’une aile de la grande
demeure de sa petite fille. Elle hantait, parait-il, tous les lieux des
environs, en connaissait les moindres rumeurs, histoires, cancans. Elle
savait tout sur tout.
Ce que je savourais chez elle, c’était sa façon de s’exprimer. Elle ne disait que des mots bien dosés, ni plus ni moins.
C’est ainsi que j’ai donc appris que les fraises ne devaient jamais être bousculées.
dimanche 7 septembre 2008
Il y a des jours...
Il y a des jours où même la terre semble ne pas tourner rond. Depuis quelques jours je n’y trouve que des coins. J’ai beau essayer sans cesse d’arrondir les angles, je découvre sous chaque respiration, sous chaque pas, sous chaque signe extérieur une arête que je ne parviens guère à avaler.
Il y des jours où mon fruit préféré se fait amer, où les pépins de raisin ne font que s’écraser sous mes semelles dans une cuisine fraîchement nettoyée, où les mots les plus anodins se couvrent de piquants, où les élans les plus amicaux se heurtent aux murs, où les gestes de préservation de mon quotidien se fissurent.
Il y a des jours où je perds à chacune de mes parties de cartes solitaires, où les petits enfants me manquent, où l’on n’arrive pas à se faire comprendre de l’autre, où l’on ne comprend pas l’autre, où le chat ne fait que miauler en pleine nuit.
Il y a des jours gris où le moral ne parvient pas à se colorer, où le soleil manque plus d’autres jours, où même le miel n’a pas le goût de miel, où l’absence d’un ami ou d’une amie est plus pesante que le plomb du ciel.
Il y a des jours pires que d’autres encore. Des jours où l’on perd un ami. Ou une amie.
Et puis il y a les jours où l’on retrouve les photos d’une escapade au bord de la mer, où les vagues étaient venues nous caresser la plante des pieds, où nos pensées s’envolaient avec légèreté, où notre main en tenait une autre, où même les oiseaux semblaient sourire.
Il y a les jours où le pain est juste assez cuit et nourrit même nos narines, où la confiture sent bon les abeilles ivres de soleil, où soixante-quatre mètres carrés de jardin illuminent la journée qui commence.
Il y a les jours où l’on apprend que l’amitié est fidèle au rendez-vous, où l’on peut gambader comme un fou, où l’on échange des regards sans arrière-pensées, où l’on se donne des baisers pour le plaisir de les donner.
Il y a ces jours bénis où la moindre miette nous ravi, où la main d’un ami est plus précieuse qu’un rubis, où l’on sourit à la vie.Oui.
J’ai retrouvé ces photos que j’ai gardées pour mon plaisir. Égoïstement. Je te les offre. Je les ai prises sur une plage où je me sentais particulièrement…bien.

















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