dimanche 13 septembre 2009
J'aime les plaisirs simples...
C’est
un chemin tout droit, tout rectiligne. Pourtant, si tu l’empruntes, il
t’emmènera juste au bord de la grande route, tu sais, celle qui mène
vers le Nord…
Il trace une lumière entre les noisetiers pillés et
les herbes que l’on appelle poliment les « indésirables ». Les ronces
ne poussent que sur les voies ferrées, à gauche, mais tu ne peux les
voir si tu ne quittes pas la ligne droite.
J’y ai vu fleurir les aubépines.
J’y ai vu fleurir l’églantine.
J’y ai vu des fruits sauvages ignorés des promeneurs du dimanche, ceux qui s’encasquettent aux premiers frissons automnaux.
Tu
ne peux imaginer la beauté d’un modeste chardon fané se mirant dans les
barbotières d’eau évitées. Et le reflet d’un nuage blanc oublié par je
ne sais quelle fée étourdie. L’eau est partout.
Combien de fois me
suis-je assis sur un banc, parfois seul, parfois près d’un pêcheur,
parfois près d’un promeneur fatigué ou songeur ?
Qu’un oiseau s’ébroue dans une flaque et je m’arrête, admiratif. Le prix du spectacle ? Un sourire à Dame Nature.
J’aime les plaisirs simples.
dimanche 28 juin 2009
Un bon bol d'air
« Tu devrais écrire plus souvent ! »
Voilà une phrase que j’entends parfois et à laquelle je réponds invariablement que je n’ai pas le temps !
Dès
le matin, mon emploi du temps « au vert bouquet ». (Je ne sais pas trop
pourquoi ma belle-sœur répète ces mots mais elle court, elle court,
elle court… Et comme j’aime bien ma belle-sœur, j’aime bien ses mots
également,… quand elle a le temps !).
Il faut que je te dise
qu’un jour ma belle-sœur « au vert bouquet » m’a emmené en voiture à
son bureau. Elle possède une espèce de petit bolide « décape aux tables
» qui vous remue le déjeuner en quelques minutes entre deux feux
rouges. Je n’ai jamais traversé la ville aussi vite ! Pour te dire, je
n’ai même pas vu la couleur des feux ! D’ailleurs, des couleurs, je ne
devais pas en avoir beaucoup !...
Elle s’est garée juste
devant le bureau ! Elle fait partie de ces gens qui trouvent toujours
une place pour la voiture et au bon endroit. Et hop ! Un créneau
par-dessus le marché ! Quand je prends mon automobile pour me rendre en
ville, c’est toute une expédition : d’abord, je cherche une autre
solution mais c’est souvent peine perdue.
Je me demande à chaque fois comment on peut se déplacer sans enfreindre le code de la route ?
Au
signal « stop », j’ai l’habitude de m’arrêter. L’observation des autres
conducteurs m’a laissé perplexe : aucun ne s’arrête ! De plus, je me
fais baptiser de noms d’oiseaux exotiques et klaxonner quand je
respecte le panneau. Si « stop » signifie « Alors Grand-père ? Tu
avances ? » alors les mots « arrêt facultatif à la balise » doivent
signifier « Fonce Papy ! » …
On a réformé le code de la route et on ne m’a rien dit ?
Nul n’est sensé ignorer la loi ?
Et
que fait-on du bon aloi ? Mais comme tu sais que je n’aime pas la
ville, je pense que tu comprendras que les occasions sont bonnes pour
m’en éloigner, bien calés dans mes godillots ! Comme par exemple cette
petite promenade en Normandie.
Je ne sais pas si ce sera
difficile pour toi mais essaie de t’imaginer une mer bleue. Pas un bleu
bateau !…quoique… Imagine un bleu soleil avec des rayons tièdes que le
vent agace parfois, juste pour t’asticoter le bout du nez et les
oreilles.
Imagine un sentier qui t’emmène tout en haut d’une falaise blanche et franche comme du bon lait.
Imagine
tes petits poumons qui se remplissent de « rumeurs océanes » et qui te
font dire « Faut qu’j’arrête de fumer ! ». Il parait qu’il y en a
encore qui fument ! Si !si ! Je t’assure !...
Imagine donc que tes petits poumons soient devenus tout grands et pleins de bon air frais.
Imagine que tu arrives là-haut, au bout du chemin et que tu vois :
Je suis actuellement dans un petit coin de Bretagne, du côté de Perros-Guirec. J'ai mes godillots aux pieds et le nez au vent... ben oui, c'est un message "programmé"!
Une pensée pleine de tendresse et d'humeur marine à chacune et chacun d'entre vous!
PS:J'embrasse les personnes qui me prétendent paresseux!
jeudi 26 mars 2009
Le temps des cerises
Message programmé
Jeudi matin. Le ciel se fait modeste derrière une
voilette si coutumière dans ce pays. Le vent d’ouest ne fait que passer
rapidement. Il conte des mots qui sifflent entre les planches disjointes de la
palissade du jardin de Jean-Paul. Il ira les poser en ces pays où le soleil ne
fait que se lever.
J’ai croisé le chemin de nombreux vents. Mistral et
Tramontane, Alizé ou Aquilon, Autan ou Balaguère, Galerne ou Hegoa, l’Auro ou
l’Arouergue, l’Atèn ou le Mitgjorn, et combien d’autres encore…
J’en
reviens toujours à ceux qui escortent mon cœur.
Celui qui me pousse vers
l’horizon quand je me dresse au sommet du cap Blanc-Nez.
Celui qui marche à mes côtés sur les
falaises de la Petite Irlande.
Celui qui fait rougir mes joues sur la
Côte Sauvage.
Celui qui me bouscule sur l’ultime pointe.
Celui qui me becquète le front sur le
chemin des douaniers qui serpente de Cancale à l’ile Du Guesclin en passant par la plage du Verger.
Celui qui me confie les secrets de la fille
aux yeux de feu.
Celui qui attise les rêves endormis sous le sable
encore tiède.
Celui qui applaudit les désirs enfouis au rythme des
marées.
Me reviennent les fous-rires de Maria quand elle dansait avec la
tempête. Elle ne pesait pas bien lourd et semblait si légère sous les
bourrasques.
De mon ami Roland dont les exhortations se perdaient dans
le vacarme des forges de l’Océan. Ses yeux cachaient mal des perles de
bonheur.
De la petite sirène qui fredonnait des dentelles d’écume en
équilibre sur les vagues audacieuses. Sa voix se mêlait aux chants de Neptune et
de sa cour.
De N’Djano qui hurlait sa joie de vivre. Il savourait les
embruns avec gourmandise.
Gourmandise. Oui, c’est avec gourmandise que
j’évoque ces moments d’amitié entière et sans miette, croqués à pleines dents.
Pas de regrets. Pas de nostalgie.
C’est comme le temps des cerises…
jeudi 12 mars 2009
La Mer me manque...
La mer me manque. Le jour comme la nuit. Parfois je me demande si ces propos mystérieux captés autrefois lors des conversations des adultes n'avaient pas une petite part de vérité. Il y était question d'un enfant conçu sur un bateau. Aujourd'hui ce mystère a perdu définitivement sa clé, engloutie par le temps qui passe. Ne me reste que la question.
Pourquoi mes pas m'amènent toujours vers l'eau ? L'eau dormante, l'eau courante, l'eau de mer. La dernière a ma préférence.
Les
beaux jours sont de retour. Ils se hâtent le matin, et s'éternisent le
soir. D'équinoxe en solstice, le calendrier s'effeuille.
Mes godillots frémissent de plaisir, ils savent qu'ils vont pouvoir s'extérioriser.
Tu
sais, mes hivers se passent en mêlant les souvenirs des jours d'avant
et en préparant ceux d'après. Un tricot de souvenirs et de projets qui
s'éclairent et se stimulent les uns les autres.
Lundi après
midi. Pendant que les actifs s'activent, je profite des rayons de
soleil fraichement déballés de la nouvelle collection pour me laisser
emmener en solitude vers le vieux canal, le port fluvial, la gare
d'eau.
J'avoue que je m'y rends par défaut, la mer est trop
loin pour une petite promenade. Deux heures de plus me suffiraient mais
tu sais bien que ce n'est pas toujours possible ! (Oui ! C'est à toi
que je m'adresse !)
D'abord
le petit chemin utilisé naguère par les bateliers. La nature a repris
le dessus et c'est tout aussi bien. Je longe le grand canal. Lui
pourrait m'emmener vers la Mer du Nord…
Le vieux pont de chemin de fer oublié par les hommes
me permet de traverser l'eau qui dort. Ne le dis à personne, il est
interdit de passer par là ! Tu risquerais de réveiller les habitants
des lieux : les fées et les lutins, les ombres et les reflets.
As-tu remarqué comme la rouille accompagne bien les couchers de soleil ?
Mais ce n'est pas le plus important. J'aimerais que
tu arrêtes ton regard sur mon ciel. Regarde comme son bleu se ouate
joliment ! Regarde comme les nuages se pelotonnent les uns contre les
autres !
Un moment hors du temps. Quelques oiseaux sont venus
dans les branches et m'ont confié leurs petites histoires. Une mésange
solitaire, jolie comme un matin d'avril, m'a confié que… mais c'est un
secret, et il doit le rester.
Enfin, je dois t'avouer que je suis un égoïste ! Je me suis accaparé ces photos et les ai regardées longtemps avant de les publier. Tu m'en veux, dis ?
samedi 15 novembre 2008
Mercredi après-midi, vers le Carmel...

Mercredi après midi. Au dessus du Carmel, un coin de ciel gris n’ose pas encore s’avouer comme tel. Ce carmel dont la particularité est d’avoir une lampe de mineur en guise de lampe de tabernacle. Lumineux comme idée, non ?
J’ai pris le chemin qui mène à la rivière Tortue. De la boue après les pluies des jours précédents mais les semelles de mes godillots en ont vu d’autres. Des maçons très affairés empilent les briques rouges. J’aime leur travail, hormis le frottement répété de la truelle qui me fait un peu grincer les dents. Tu me diras que je n’ai qu’à les regarder et non pas les écouter ! Je passe le petit pont et tourne à droite, vers le marais. La Tortue traine un peu avant de s’évanouir. Le trajet est court. Par ses méandres, elle tente de simuler un long fleuve tranquille. Elle y parvient si on veut se donner la peine d’y ajouter un peu d’imagination. Ou de romantisme. Mais si une main vient se blottir dans la tienne !...
Alors les arbres se hissent et s’alignent pour saluer le ptit bonheur qui passe. Les petits bruits de l’eau et les chants des oiseaux deviennent aubades. L’air se fait léger et sa douceur caressante procure un bien-être inattendu.
Se pencher. Voir le ciel se refléter dans le regard de la rivière qui se tait. Oublier le gris un instant. Et celui d’après… Une fraction d’éternité somptueuse. C’est l’instant des échanges innocents, ceux qui ne prêtent pas à demain.
La cloche du Carmel rompt le charme. La faune reprend le fil d’un discours interrompu. La flore se glisse dans le vent qui se lève. La Tortue récupère son cours. La ville consume le silence qui tente une dernière fois de s’enfuir quand tu me lâches la main.
Ne t’inquiète pas!
Demain la rivière coulera encore…
samedi 27 septembre 2008
Gourmandise de septembre.
Il fallait que j’aille le voir, le saluer. Je ne pouvais pas aujourd’hui poser mes pas sur le sable de la mer alors il fallait que j’aille le voir le vieux canal. Lui seul pouvait m’emmener juste assez loin pour être près de toi.
Une heure de marche pour traverser la ville du sud vers le nord. Les longs boulevards, les longues avenues, les rues aux noms étranges. Puis le petit pont sous la route, juste avant la vieille écluse oubliée. Le long chemin de terre entre l’eau qui dort et le champ qui veille.
Le bout de la civilisation et j’entre dans le petit bois. Il faudra que je t’y emmène. D’abord tu pénètres dans un petit bois anonyme. Tu suis un sentier feuillu et au départ de l’incendie tu te laisses emporter par les couleurs.
N’hésite pas à t’arrêter, à te faufiler entre les branches alitées, à humer les pistes ignorées, à avancer, à regarder, à sentir, à toucher, à laisser ton intuition te guider. Avec un peu de chance, tu pourras croiser le chemin de quelque lutin ou autre habitant des lieux. J’en rencontre souvent tu sais !
En te baissant, tu découvriras de drôles de champignons. Et de drôles de plantes que les hommes ne pensent qu’à nommer. Moi je me contente de les contempler, de les saluer, et parfois j’ose même leur demander la permission de les photographier.
Et ces odeurs ! Ces premières grimaces de l’automne qui n’ose pas encore se faire saison. Le chemin n’est emprunté que par quelques originaux que la faune locale n’effraie pas.
Il parait que… on raconte que… personnellement, je n’ai croisé qu’un coureur à pied totalement inoffensif !
Tout au fond de la gare d’eau, là où les bateaux ne se hasardent plus, j’ai découvert quelques grappes de raisin accrochées à la vieille muraille. Des grains gorgés de soleil ! Comme ceux que nous partagions autrefois…
Je ne me souviens pratiquement plus de mon retour. J’étais comme sous le charme de ces découvertes. Je crois que j’ai souri tout le long du chemin. Je ne te tenais pas la main mais j’étais presque aussi heureux. Et j’ai tout raconté à mes soixante-quatre mètres carrés. Et tu sais, ce n’est pas facile de faire sourire un banc de pierre…














































Mes photos