samedi 31 octobre 2009
Le banc de pierre est vide...
Le banc de pierre est vide. Un immense abandon s’habille de parfums du
soir, préparés par les ardeurs d’une journée ensoleillée. Ces
exhalaisons qui se colorent de paix, de tendresse, de calme, de
quiétude. Mes pensées s’imprègnent de ces couleurs que je suis seul à
percevoir en ces lieux.
Au-delà du charme pyramidal arrive sans
bruit une chauve-souris enjouée. Ivre de joie de vivre, elle pirouette
dans mon ciel et se gave sans modération de quelques insectes
téméraires. Je me demande souvent où elles peuvent se nicher. Je sais
qu’il existe des nichoirs spécifiques, il faut que je me renseigne.
Je suis assis sur le banc de pierre.
Les
dernières lueurs du jour abreuvent les nuages qui osent à peine frôler
les limites marquées par un horizon rougissant. J’aime être surpris par
des oiseaux qui passent hâtivement, pressés de rentrer au nid.
Un vol silencieux.
Un vol qui ne laisse aucune trace dans la mémoire des hommes.
Ce soir, mon Gégé fermera les volets bleus pour mieux apprécier la paix
retrouvée dans ses montagnes. Les murs de pierre lui assureront chaleur
et sécurité. Les flammes de la cheminée chanteront sans moi cette
fois-ci. La vie n’a pas toujours les couleurs des arcs-en-ciel qu’on
lui souhaite. Je le rejoindrai aux prochains beaux jours.
Je suis encore assis sur le banc de pierre.
La
nuit vient caresser la charmille engourdie. Le crépuscule excite trois
moustiques qui m’enrubannent la tête de rondes obsédantes. La nuit
dernière, l’un d’entre eux a tenté de goûter à ma personne mais un
sycophante de ses amis l’a dénoncé au dernier moment. Ce qui fait
qu’après quelques gestes épiques, deux anophèles se réveillèrent morts
à mes côtés.
L’affaire de l’oreiller sanglant à la Une du petit déjeuner. Point de tristesse ni de larmes.
Une journée de héros commence.
samedi 19 septembre 2009
Debout dans mes soixante quatre mètres carrés...
Debout dans mes soixante quatre mètres carrés, j’aime regarder le soleil prendre ses quartiers de l’ouest.
Au début de l’été, je reste assis sur le banc de pierre. Une pierre de
grès récupérée il y a bien longtemps au bord de la route. Elle me
tendait les bras, abandonnée par un ingrat. Ces pierres se trouvaient
nombreuses, disséminées au hasard des décharges ou des travaux. Combien
d’entre elles sont ensevelies dans le fond de tranchées ou de dalles
coulées, dans un lit de bêton, oubliées à jamais ?
Ou alors je m’installe sur une des chaises orange dénichées dans un
magasin des environs. Bien confortables et vivant en couple, elles
occupent une étagère de mon garage pendant la froide saison. Une belle
et grande étagère où règne en maîtresse une triple échelle solitaire.
Je reste assis jusqu’aux dernières lueurs. Banale activité me diras-tu
? Peut-être… mais pour qui a été privé un jour de lumière, cette
activité est vitale ! Je suis myope, tu le sais également. Le dernier
geste avant de m’allonger sur un lit est de poser mes lunettes juste en
dessous, prêtes à être saisies au premier bruit, ou à la première lueur
du jour… Il me faut les chausser! Ultime lueur du jour, initiale lueur
du jour. Je me débrouille pour ne pas les manquer. Dans la mesure du
possible.
Titannick m’a démontré un jour que je devais en manquer souvent de ces
moments-là ! Non ! Lui ai-je répondu. Sa seule présence était lumière.
Et ma journée était complète. Que ne ferais-je pas pour dénicher un
gros bisou ?... Mais j’avoue qu’elle a raison. La vie est ainsi faite.
Je n’ai pas toujours l’occasion d’être présent au spectacle. Alors, en
ces moments un peu plus sombres, je me souviens des jours de lumière.
Voila pourquoi mes journées grises sont ensoleillées ! Voila pourquoi
je n’hésite pas à sourire à qui n’en a pas envie ? Il me le rend, plus
ou moins timidement. Ou discrètement. Ou à sa façon. Mais je sens
toujours la présence d’un sourire au fond des yeux, parfois au fond du
cœur.
Je connais bien le nom de deux ou trois réfractaires dont je tairai le
nom car Rolland et Gilbert seraient fâchés. En général, je sors des
magasins avec le sourire. Et j’essaie de le faire en toute situation,
comme hier, à la Sous-Préfecture. Mais où en étais-je ?
Ah oui !... Le coucher de soleil...
Je bavarde et le temps a changé de dimensions. Il est de l’autre côté
du monde maintenant. Qu’il était beau le lever du soleil de ce matin !
Et que tu étais belle au sortir de ta nuit !Ne me demande pas comment je le sais...
Et toi aussi ! Je t’imagine engourdie, dépliant tes bras, avide de les croiser avec d’autres.
Mais
toi aussi ! Ne crois pas que je ne t’imagine pas ! Je te vois te lever,
la tête tournée vers la première lumière de la journée.
Il fera très beau demain matin.J'irai peut-être au marais.
Debout dans mes soixante quatre mètres carrés, mes gigantesques soixante quatre mètres carrés, j'ai pris quelques photos, rien que pour toi.
dimanche 21 juin 2009
Banc de bord de mer.
La vieille dame était assise sur un banc de pierre
blotti au pied d’un haut mur de Saint-Pierre. Appuyée sur une canne
élégante, elle m’observait, non pas du coin de l’œil, mais bien dans
l’axe. À peine arrivé sur cette plage, j’avais senti son regard se
poser sur moi. Pas un regard hostile, non. Plutôt amicalement moqueur.
Dans ces cas-là, je n’hésite pas : droit au but, j’ai marché vers elle.
« C’est vous le monsieur du Pas-de-Calais ? Je vous ai vu
arriver dans la maison de ma fille… C’est mon gendre qui vous a
accueilli ! Il est gentil mon gendre ! »
Et sa langue se délia pendant de longues minutes. Je savais
tout : la plage et le port, la vie du village et la messe du dimanche,
le pain du boulanger et le lard grillé du charcutier local…
Ce lard grillé, une gourmandise ! Je ne sais pas quel est le «
truc » mais je l’aborde comme une gourmandise. Croustillant et
moelleux, parfumé et délicat. Nul besoin de fourchette ou de couteau,
j’y mords à belles dents.
« Oui, Madame ! J’ai fait la connaissance de ce mets. Et je
m’en fais une fête !... » Et je lui racontais les en-cas improvisés que
j’accompagnais d’un morceau de pain tranché au couteau.
Je lui racontais les bouts de doigts que je léchais afin de ne rien perdre du festin.
Je lui racontais mes lèvres luisantes parsemées de croustilles happées par le bout de la langue.
Je lui racontais mes yeux gourmands rivés à la croûte dorée, mon regard envouté par une cérémonie Curnonskyenne.
Je
lui racontais mes oreilles imprégnées de ces petits craquements de
gaufrettes. Je lui racontais mes narines grandes offertes aux senteurs
de cette spécialité locale…
Je lui racontais tout. Appuyée sur sa canne, elle me regarda
fixement, d’abord avec un sourire grandissant. Brusquement, elle happa
mon épaule. Je sentis une petite main nerveuse s’appuyer fermement.
Je lui offris mon bras et je la déposai à sa porte. Je l’ai
revue deux fois lors de mon séjour. Cinq fois lors du suivant. Racontée
par elle, la plage avait un petit air d’ailleurs, tout en restant au
bas du mur de pierre.
Était-elle la gardienne des lieux ?
mardi 7 avril 2009
Tu as poussé la grille...
Tu as poussé la porte et la grande grille en fer, tu es venu
t’asseoir comme un très vieil ami qu’on attend chaque jour. Les bruits
du boulevard se dissolvent dans l’air et n’ont plus de raison d’être.
Tu es là, c’est l’essentiel.
D’abord le regard que l’on
échange. Une carte de visite en quelque sorte. Oui, c’est bien toi et
je suis heureux. Oui, c’est bien moi et tu es heureux.
Viennent
ensuite tes petits gestes. Tu caresses l’herbe fraîchement tondue, tu
en respires l’haleine. Tu m’avais conseillé de tondre et tondre et
tondre. J’ai tondu, tondu, tondu. Le gazon est plus uniforme qu’une
moquette. Fils de la terre, tu ne l’as pas oublié.
Les
moineaux effrontés viennent jusqu’à nos pieds, quémandant quelques
miettes. Eux sont nés des gouttières, ils ignorent les bonnes manières.
Sur notre banc de pierre, nous nous parlons de nous. Pas d’ennui de
santé ? Rien qui vaille la peine d’être étalé. Quelques soucis d’argent
? La fin du mois approche. De quoi se plaindre alors ? De rien,
évidemment !
Il est beau ton jardin ! Mais c’est aussi le tien ! C’est à moi ? C’est à toi ! On ne se le dit pas, on le sait, ça suffit.
Vient
ensuite l’heure du thé. Nous n’en buvons jamais. De l’eau pour notre
soif, de la bière pour le plaisir. Allez viens mon Gégé ! Ils viennent
de nous lire, on boit une gorgée à leur santé !
Et tu sais quoi? Et si on leur offrait un petit coup de notre coucher de soleil?...
Et un rêve de truite!
samedi 7 février 2009
L’été. Un soir. Le banc de pierre. Quelques mots en passant...
Douceur de l’air. Atmosphère calme. Les chiens de Michel sont rentrés. Ou dorment déjà. Le fils des voisins ne joue pas du violon. Les moustiques sont en congrès. Le boulevard a dû être interdit à la circulation.
Seul le bruit de quelques neurones trouble l’ambiance…
Je me demandais pourquoi j’ai pris l’habitude de m’assoir sur mon banc de pierre… Pour regarder le Monde qui passe…
Je fais donc comme tout le monde : je suis en attente de quelque chose qui va arriver, d’un évènement, d’un futur proche ou lointain…
J’ai ouvert une bouteille de bière brune dont le nom commence par « roche » et se termine par « fort ». Il est hors de question que je fasse de la publicité !
Pourquoi ai-je ouvert cette bouteille ? dans l’intention de la boire !
Je suis allé au marché pour acheter de quoi manger.
J’ai ouvert la porte pour sortir.
Tout ce que je fais maintenant serait conditionné par ce qui suit ?
J’ai vite abandonné mes réflexions…pour boire à votre santé !
J’en connais qui vont se dire : TJ se laisse aller !
Février 2009. Je viens d’entamer ma soixante-deuxième année. Je regarde par-dessus mon épaule et je dénombre quelques printemps. Ceux passés près de toi, ceux passés près de vous, ceux que je n’ai pas vu passer. Il en est que je n’ai pas eu le temps d’apprécier. Les suivants sont à vivre. Et à partager. Avec toi, avec vous.
jeudi 30 octobre 2008
Lignes endormies
J'avais écrit ces lignes il y a quelques mois. Elles s'étaient endormies mollement dans un coin du disque dur, elles sentaient que je ne les aimais pas beaucoup. Et puis il y a eu une petite lumière dans la nuit qui m'a incité à les publier ici. Bien sûr, j'ai cherché une photo pour illustrer mais comme tu peux le constater, je l'avais déjà prise il y a quelques temps. Vraiment pas doué pour les collages, j'ai utilisé les feuilles récupérées dans un coin de mes soixante-quatre mètres carrés!
Tu te demandes peut-être pourquoi j’aime m’asseoir sur mon banc de pierre alors que l’air se rafraichit ? C’est qu’il est le seul endroit où je peux méditer dans le calme et la sérénité. C’est le seul endroit où les visages de ceux que j’ai aimés viennent se blottir sous mes paupières, nimbés dans de doux souvenirs. Je préfère l’heure de la grande bascule, quand l’air du jour cède la place à l’air de la nuit.
S’intercalent ensuite les visages de ceux que j’aime. L’harmonie du bouquet se fait seule, au gré des hasards de la chimie de mon cerveau. Tu ne seras pas surprise si je te disais que souvent mes bras se referment sur le vide. Pas sur le néant. Elles et Ils sont plus loin que la longueur de mes membres. La terre tourne et les visages passent. Pourtant, j’aurais tant besoin de serrer, d’embrasser et de caresser aussi. J’ai besoin d’aimer, de partager et d’échanger également. Dans les minutes moites qui précèdent le soir profond, il m’est plus facile de leur parler en secret. Car il ne faut pas que ça se sache ! Il ne faut pas que l’on sache que je converse encore avec les contemporains qui vivent loin et les absents qui sont si près. Pourquoi ? Me demandes-tu ? Tu peux demander, je ne te répondrai pas. Je ne donne pas de réponses quand je n’en ai pas. Tu le sais bien.
Le petit
chat est fâché après moi. J’avais oublié que nous ne vivions pas dans la même
dimension. Il n’a pas apprécié mes caresses. Ou les repas que je lui ai
offerts. Il a déjà oublié que je l’avais nourri au biberon quand il s’était
retrouvé seul, bousculé par les vicissitudes de la vie. Je n’espère qu’une
chose, qu’il revienne se frotter contre moi. Je le reprendrai comme autrefois,
en le respectant.
Me voici
dans le bureau. Mon bureau. Mon domaine. J’y vois venir la nuit, parfois
poindre le petit jour. Les merles des étés naissants s’y font entendre par la
fenêtre toujours ouverte. Ou entrouverte. Les livres se sont endormis mais la
poussière ne parvient pas à les tenir au chaud, j’y veille. Un véritable cocon
de papillon nocturne.

vendredi 19 septembre 2008
Et toi, dis-moi, tu as un jardin ?
Ne pense surtout pas que mon jardin soit livré à lui-même.
Depuis plus d’une trentaine d’années, il est devenu un compagnon très intime.
Nous avons appris à nous façonner mutuellement. Il a connu mon exaltation à
vouloir planter de grands arbres, des haies bétonnières en conifères, tout ce
qui n’est plus aujourd’hui. Ces premiers aménagements ont disparu au profit
d’une charmille qui, au fil des années, avait pris une taille gigantesque. Elle
en est réduite aujourd’hui à une petite haie mignonnette abritant de petits
oiseaux rigolos. Cette nouvelle disposition, beaucoup plus claire, m’a beaucoup
aidée dans ma façon d’appréhender mes soixante-quatre mètres carrés. Je peux
t’avouer que de nombreux secrets et de multiples confidences sont enfouis sous
des mottes secrètes. Nombreux sont les oiseaux qui sont passés par ici. Je ne
connais pas leur nom, hormis les merles, les grives, les mésanges bleues, les
mésanges charbonnières, les mésanges à longue queue, les pinsons, les
fauvettes, les moineaux, les rouges-gorges, les pigeons-ramier, les
tourterelles, les étourneaux, un tout petit oiseau à queue courte et verticale…
Si d’autres sont passés, c’est à l’insu de mon plein gré.
Dans un coin, j’ai installé un banc de pierre. J’avais
récupéré de gros blocs de grés et les ai simplement empilés. Des fougères, des
plantes de terre acide se sont installées ainsi qu’un tamaris de printemps qui
m’étonne par sa vigueur. J’aime sa façon de me saluer les jours de grand vent.
Je lui rends la politesse. Les mille-pertuis s’éclatent, le bambou nain bruisse
au moindre zéphyr, les buddleias enivrent les papillons et les abeilles, le
laurier-tin se prépare sans cesse à une floraison hors du temps. Il y en a
d’autres que les touches de mon clavier ne connaissent pas encore. Les grands
pots du nord-ouest attendent la prochaine migration car je les promène au gré
des saisons. Ainsi, mon jardinet se fait mouvant.
Les hibiscus se régalent dans cet endroit et me gratifient
de fleurs diverses tout au long des beaux jours. Ils sont les points de repère
inamovibles.
Tu vois, ces quelques mètres carrés, je les adore. Quel plaisir de les voir frissonner le matin au premier appel du soleil ! Quel ravissement de capter les discrets parfums de la terre cultivée ! Quel bonheur d’y déposer ses humeurs, ses secrets, ses confidences et quelques gouttes de sueur de temps à autre !
Et toi, dis-moi, tu as un jardin ?
samedi 26 juillet 2008
Fleurs du Jardin
Ne me cueille pas de fleurs, elles sont gracieuses au jardin.
Les abeilles, les lutins viennent y cacher leur peine,
leurs pleurs, leurs joies et leurs rires.
Leur as-tu jamais conté l’un de tes tourments, aussi futile soit-il ?
Et si tu ne sais pas comment dire les mots,
voici l’une des clés des champs :
Un jour où le temps te conviendra, penche-toi à leur niveau, écoute-les…
Moi je connais des histoires de pétunia,
Des histoires de roses bien sûr, si tu les aimes.
Des histoires de fleurettes qui te feront sourire.
Je te l’assure, ce ne sont pas des sornettes !
Il faudra que tu viennes sur le vieux banc de pierre.
Ce sont des pierres magiques dont les hommes ont oublié l’histoire
mais qui ont un don : celui de tout expliquer et de tout comprendre.
Un patriarche de mes amis craint qu’elles n’éveillent des douleurs endormies.
L’eau bénie sur l’absinthe le ferait changer d’avis, j’en suis assuré.
Mais toi qui sais m’écouter, me comprendre,
n’appréhende pas les rigueurs minérales.
Viens t’asseoir sur mon banc, sans un mot, dans une pause vespérale,
et partager en sourire quelques gouttes de bonne humeur,
histoire de nous désaltérer à la fontaine de l’amitié.
Je t’ai déjà raconté ce que j’ai vu du monde au-delà de la haie,
des gens qui m’ont aimé,
de ceux qui m’ont trahi,
de ceux que j’aime,
de ceux qui m’aiment.
Et si tu fermes les yeux,
je te raconterai ceux que j’ai à rencontrer,
ceux que j’ai encore à aimer, parfois malgré eux.
Je verrai leur visage sur tes paupières apaisées.
Et on boira à leur santé,
sans oublier de rafraîchir chaque gorgée avec nos sourires.
mercredi 23 mai 2007
La scolopendre et le banc de pierre
scolopendre


























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