Soixante-quatre mètres carrés

Voyage tranquille au fond de mon jardin... et un peu plus loin.

lundi 9 février 2009

Les paupières fermées

Les paupières de la vieille dame s’entrouvrirent imperceptiblement. C’était sans doute mon arrivée à la table voisine qui l’avait sortie de son immobilité. Elle tourna la tête vers moi, à peine. Ses yeux clairs glissèrent sur le sourire que je tentai de lui offrir. Ils se perdirent vers un ailleurs qui m’était étranger.
La carte proposée par le restaurant était captivante ; j’adore les noms des plats proposés. Le plus souvent, ils me font sourire. Il me plait d’imaginer ce qu’ils cachent. (Je me souviens de « saucisses à l’orientale et des demoiselles parmentières » qui provoquèrent chez mes amis une crise de fou-rire dont quelques clients se souviennent encore. La noblesse des frites-merguez en était portée aux nues.)
La vieille dame fixait la tasse de café vide qui gisait devant elle, froide comme un lendemain de fête. Je voyais nettement ses rides. Chacune d’entre elles racontait une histoire. Le faisceau qui traversait son front n’avait ni début ni fin. Un mouvement éternel et immobile. Rien ne bougeait sur ce visage qui n’exprimait qu’une immense solitude.
Une jeune femme s’approcha, prit ma commande aimablement. Elle s’éloigna rapidement, déçue par un client qui ne désirait que si peu de chose.
La vieille dame ne bougeait toujours pas. J’avalais mon repas en le clôturant par un dessert chocolaté. Une tasse de café très chaud, presque brûlant, m’obligea à me préoccuper de mon immobile voisine. Je me tournai vers elle, avec l’espoir d’un improbable dialogue.
-Il est trop chaud !
Les yeux clairs, très cernés, trop creusés, me fixèrent avec cette douceur peu commune que j’avais si rarement croisée. Sa bouche esquissa un sourire sur des lèvres presque pâle mais d’une extrême finesse.
-Vous verrez ! il est bon !
Nous échangeâmes ainsi quelques mots autour du temps et du petit manège pour enfant qui sommeillait dans un coin de la salle. La pauvre mécanique tentait désespérément d’attirer l’attention des rares bambins qui passaient par là. Sans succès.
J’entrepris de boire le café qui avait eu le temps de tiédir.
La vieille dame s’était déjà levée, avait pris son sac à main et se dirigeait vers la porte de sortie. Elle tourna la tête vers moi.
-Merci Monsieur !

Je suis resté assis devant ma tasse de café vide. Mes paupières s’entrouvrirent imperceptiblement. L’arrivée d’un jeune couple à ma gauche me sortit de mon immobilité. Je tournai la tête vers eux, à peine. Mon regard se posa sur le sourire qu’ils m’offraient. Je leur offris le mien.
Ils consultèrent la carte pendant que je me levai discrètement.
Je suis sorti en leur disant « Merci ! »…

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Cette photo m'a été offerte par Laurence

Merci Laurence! fleur4

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dimanche 25 mai 2008

Un chemin de Fer... défait.

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Il fallait bien trouver un endroit à part, un endroit peu commun, un endroit qui puisse nous offrir le couvert sans que nos bourses ne crient famine. Chose faite en suivant une ligne de chemin de fer presque désaffectée dans un petit coin charmant du Pas-de-Calais. Une gare placée là par les hasards de l’industrialisation et oubliée par les exigences des Hommes. Une gare transformée heureusement en restaurant pittoresque et inattendu. Coiffé d’une casquette de Chef de Gare, le maître d’hôtel nous a accueillis fort poliment. Le lieu un peu vieillot cache un étonnant assortiment d’objets anciens, tous liés à la vie des chemins de fer de la belle époque. Bien qu’étant incapable de vous préciser le menu, j’ai encore passé un agréable moment de chaude amitié. Titannick s’appliquait à taquiner le Chef de Gare sur la présence cachée d’un éventuel sifflet tandis que Gégé le questionnait sur le trafic de l’unique voie ferrée du lieu. Pendant ce temps, je prenais les chemins de traverse en essayant de découvrir les subtilités d’une bière artisanale de fabrication locale. Tout cela dans une bonne humeur voyageuse.
Point de digestif mais une promenade dans les environs. Je vous livre quelques points de vue (Je n’ai pas oublié mon APN aujourd’hui !).
Ce soir, les nuages s’approprient le ciel et la pluie s’annonce. Ma fenêtre est ouverte, j’attends les parfums de terre mouillée. Mes pensées vont voyager loin, elles s’impatientent déjà. Elles piaffent au portail du jour qui fuit, elles trépignent d’impatience. Je suis sur le point de les suivre
mais auparavant, je vous souhaite une délicieuse nuit !

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dimanche 13 avril 2008

Et comme dit le Grand-Père...

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Le grand-père s’est assis dans son fauteuil, le poste d’observation des mouvements de la maisonnée. Il ne dit jamais du mal de qui que ce soit. Il ne s’exprime que pour dire les choses que les autres ne disent plus sincèrement. Il a lu le journal qu’André lui achète chaque jour. Par la fenêtre, un rayon modeste attiédit les pattes du chien qui attend le signal du maître.
Coin_Chemin_e2_13avril2008Le grand-père n’a pas sursauté aux coups de la pendule de parquet qui s’éternise en milieu de journée. Dick est déjà debout, il sait. Je me demande comment le chien devine que c’est l’heure, il ne sait pas compter ! Le vieil homme perpétue une habitude commune prise il n’y a pas si longtemps. Le quotidien se cramponne aux heures qui sonnent et qui mènent aux lendemains qui se ressemblent.

Coin_Chemin_e_13avril2008Personne ne réagit. Dans cette grande maison où les générations se côtoient, personne ne vit en même temps que l’autre. Un seul moment réconcilie les rythmes et les usages de chacun, l’heure du repas. Heure sacrée, heure du partage, heure de la communauté.
Comme de coutume, la grand-mère a supervisé les préparatifs, à la grande joie des petits enfants qui ont écouté ses histoires de légumes qui dansent au clair de lune, ou de pommes de terre dont les yeux expriment des regards si croyables. Mais les petits sont ébahis quand elle attire leur attention en chantant l’arrivée des parfums des cuissons. La soupière n’est plus une soupière, c’est un alambic gastronomique ! La grande louche n’est plus une louche, elle devient le traineau du père Noël ! Et la cocotte à pression n’est plus un ustensile de cuisine, mais une machine à vapeur qui emmène le train des rêves si loin !... les petites bouches salivent. Comment perdre son appétit devant si belles assiettes ?
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Et comme dit le grand-père :
« Quand on est bien dans son assiette,
on est bien dans sa tête ! »

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jeudi 3 avril 2008

Restaurant "Le Fournil", à Fruges (62)

    Il ne m’a pas fallu beaucoup de courage pour entrer au « Fournil », le restaurant de Cathy et Tony. Je le connaissais depuis quelques temps et jamais je n’ai été déçu, je te l’assure !
    À chaque visite, je cherche le petit quelque chose qui fait la différence avec la visite précédente. Aujourd’hui c'est la décoration complète des lieux qui avait changé. Les murs n’ont pas encore pris leur couleur définitive mais l’ancien mobilier a pris des vacances en un lieu d’où l’on ne doit pas revenir. Des photographies se sont installées aux murs et nous font voyager en une souple rotation de cervicales.
    Cathy nous a accueillis avec cette élégance que j’apprécie. Inutile de disposer de grands bouquets, elle les éclipse par sa seule présence.
    Je sollicite toujours une table avec vue sur la mer. La première fois, elle m’avait répondu que j’aurai la mer dans mon assiette, ce que j’ai vérifié très vite, à mon immense satisfaction. La côte d’opale n’est qu’à quelques kilomètres, un peu d’imagination nous fait entendre le bruit des vagues et l'inventivité fertile du Chef fait le reste.
    Aujourd’hui, j’ai commandé des œufs en meurette et de la joue de porc. Celle-ci était si tendre et goûteuse que l’envie d'embrasser quelqu'un m’est passée par la tête. Passée seulement, je te rassure, tu n’étais pas là !
    Je ne te parle pas de la mise en bouche et du dessert à base d’amandes, je m’en garde le souvenir au niveau des papilles. Tony possède cette virtuosité et ce talent qui toujours m’épatent. D’ailleurs, tu vas te moquer, j’en suis sûr, mais sa purée de rattes du Touquet mérite d’être dégustée au dessert !
    Je te confie ces quelques photos, j'espère que tu en feras bon usage.

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http://advs.online.fr/fournil/

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mardi 14 août 2007

Restaurant "Le Fournil"

Un endroit discret ou se rencontrer devient un plaisir exquis. La table est accueillante, le service efficace et discret, le Chef un virtuose. J'adore m'y retrouver avec mes amis de toujours car il y a là tout ce qu'il faut pour régaler une amitié solide.
Je conseille vivement cette table à tous, c'est un voyage en gourmandise qui laisse un souvenir précieux dans un coin du cœur...
Je n’ai pas emporté mon APN et le regrette…
Comme d’habitude, nous avons été accueillis par le sourire éblouissant de l’hôtesse. Ô ! Pas besoin de fleurs ! Tout est là… charme et discrétion d’un établissement qui mérite qu’on s’y arrête.

La prochaine fois, je ramènerai des photos, c’est promis.

C'est ici http://advs.online.fr/fournil/cartina.html

Restaurant "Le Fournil", Fruges, Pas-de-Calais

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jeudi 29 mars 2007

Conversation de famille...

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lundi 22 janvier 2007

Hiver 54...je m'en souviens encore.

Hiver cinquante quatre.

J’étais tout petit et je m’en souviens encore. La neige devait avoir tombé en grande quantité. Elle arrivait à la hauteur de mes yeux. Elle était belle et blanche mais moi, j’avais froid aux doigts.

Je me souviens encore de cette immense cour de récréation toute immaculée. Je m’étais collé contre le mur de briques de cette école qui déjà était très vieille. Mes petites jambes avaient du mal à me porter au dessus de la vague floconneuse. Mes petits pieds étaient tout engourdis. Les boules fusaient de tous côtés et me terrorisaient. Des cris et des rires brisaient le grand silence glacé. Mais moi, j’avais froid aux doigts.

Je me souviens que je la trouvais bien longue cette récréation. Je me souviens de ne pas vouloir pleurer. C’est alors que des « grandes »se sont réunies autour de moi et de leur corps ont bâti une muraille contre le froid. J’étais dans un igloo humain. Je ne me souviens plus si cela m’a réconforté. Rassuré, sans doute.

Je ne savais pas qui était l’Abbé Pierre. Je ne savais pas que d’autres enfants n’avaient pas la chance de se faire aider.

Je ne savais pas tout cela et ne pensais qu’à moi car j’avais froid aux doigts.

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vendredi 20 octobre 2006

Vendredi et la ville s'éveille

La nuit avait encore les paupières fermées quand j’ai ouvert les miennes. Une respiration tranquille terminait sans doute un cycle de sommeil et m’incitait à rester tranquille encore quelques temps.

Je suis un lève-tôt mais il m’arrive, je ne saurais dire pourquoi, de ne point l’être. Influence du temps ou de la fatigue accumulée…

Je suis alors très attentif aux bruits de la ville qui s’éveille. Fenêtres et portes, automobiles et autres engins pétaradants, oiseaux ou autres animaux, je tente de créer un décor aux sons connus et inconnus.

Daniel part au travail, Françoise promène son chien, le collège endormi en est inquiétant. Pas pour moi puisque je me suis rendormi jusqu’à huit heures et des miettes de temps.

Après un lever tranquille, je prépare le café traditionnel. Pourtant, je n’en bois jamais le matin. J’aime le faire et l’offrir, c’est tout.

J’ai lavé la salle de bains ce matin, elle en avait besoin. Petit tour dans ce jardin que j’aime beaucoup. Quelques mots échangés avec Jean-Claude le facteur.

-« Il fait beau ce matin ! »

J’ai préparé le repas ; quelques poireaux cuits la veille, sauce blanche et jambon. Le four allait encore faire merveille à l’heure du repas. Quelques minutes dans mon fauteuil voltaire, histoire de lire un peu et de vérifier l’étanchéité de mes paupières. 

Plongée dans le jardin ; le moment d’entamer les travaux d’automne est arrivé. J’ai arraché quelques plantes trop envahissantes, déterré des herbacées téméraires. J’ai ensuite mis en place les oignons de tulipes pour le printemps prochain, original non ?

Ma tondeuse à gazon piaffant dans le garage, je l’ai emmenée faire un tout sur l’herbe où, comme d’habitude, elle a fait des merveilles en coupant l’herbe et ramassant les premières feuilles mortes (entre nous, quelques champignons imprudents en ont perdu la tête !).

Une belle averse m’a fait accélérer le mouvement. Eau céleste et salutaire !

Le retour au calme fut concrétisé par la dégustation d’une délicieuse bière belge. Calme et volupté.

Mon vendredi ? Un bon moment !...

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dimanche 15 octobre 2006

Marché du matin et menu du jour

Dimanche soir.

Je suis allé au restaurant avec Sigismond et Marie-Louise. Ils m’ont emmené dans une auberge que je ne connaissais pas, cachée au sein d’un tout petit village situé à l’écart des grandes voies de migration.

AppetitAu menu…pas de menu ! Vous découvrez dans l’assiette ce que le chef a découvert au marché du matin.

Pas moyen de savoir ce que vous mangerez en réservant votre table ! Etonnante façon de faire mais ô combien agréable !

L’accueil est chaleureux, le Chef vous serrant la main pour savoir à qui il aura à faire. L’hôtesse vous amenant dans une minuscule salle très joliment décorée. Une ambiance tranquille et feutrée.

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Ce fut magnifique ! Jusqu’au café !3_picture9

J’aime les beaux dimanches !

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mercredi 12 avril 2006

la saucisse défaite ?

J’ai donc accompagné Monique chez Jean-Jacques, son charcutier préféré. Belle vitrine et bel étal et bel homme.
    Quelques clients nous avaient précédés et nous attendîmes donc tranquillement notre tour. Monique faisait ses menus en glissant son regard sur les marchandises exposées.
Ce fut son tour.
    -« Vous avez la saucisse défaite ? »
    Imaginez mon étonnement ! Monique qui se lance dans ce genre de propos ! Et au boucher charcutier, expert en spécialités polonaises !
    Sourires et sous-entendus me laissent perplexe.
    J’ai bien compris qu’elle a demandé si ce brave homme avait la saucisse défaite !
    Je devais avoir un air perturbé et je l’étais.
    Jean-Jacques, coutumier du fait, m’a expliqué que Monique désirait de la swiateczna, appelée également wielkanoczna en période de Pâques. Ce qui, traduit du polonais en français donnait « saucisse des fêtes ».

Je ne pourrais pas vous expliquer pourquoi mais je me suis senti mieux.

Sérénité et régal.butcher_chopping_at_chicken_sm_nwm

Posté par Tonton J à 11:44 - Plaisir de la table - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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