vendredi 9 octobre 2009
Le silence reprit ses droits.
Le silence reprit ses droits. Le jardin renonça à dissimuler sa magie. Et ses mystères aussi.
Les
gouttes d’eau s’animèrent, se tournant les unes vers les autres. Elles
s’échangèrent des éclats d’argent, des clins d’œil retenus depuis trop
longtemps. Elles qui frémissaient en silence se mettaient à danser. Les
rumeurs de la ville les effleuraient à peine, celles de la campagne
toute proche les ensorcelaient bien plus fort.
La
nuit dégrafa son corsage, exposant les novas d’un ailleurs
inaccessible. Le banc de pierre se taisait. Devant toutes ces lucioles,
sa sagesse se dispersait en pensées si légères… Le jardin dans son
ensemble exerçait sur lui un hypnotisme croissant qui le faisait
glisser vers une félicité qu’il n’aurait jamais pu imaginer.
Au bord de la terrasse, un oiseau s’était hasardé, perdu peut-être. D’un bond il disparut dans la charmille.
Le
mur blanc pouvait se reposer. Heureux d’avoir reflété tant et tant de
soleil cet été, il se fondait dans l’ obscurité. Heureux d’avoir laissé
le lilas des Indes clôturer sa floraison en pleine gloire, il pouvait
enfin se délecter d’un peu plus de lumière de lune. Heureux d’être
parvenu au bout de l’été sans défaillir, il ne donnerait plus le
tournis aux abeilles leurrées par sa chaleur minérale.
Sous les
fougères, quelques violettes clandestines se jettent dans les bras
l’une de l’autre, espérant déjà un fringant printemps. leurs soupirs
s’entendent jusqu’à moi qui suis blottis sur le pas de la petite porte
de bois de chêne.
C’est un endroit merveilleux. J’y vois tant de choses.
Tu
n’es pas obligé de me croire mais quand la magie se manifeste, c’est
d’abord par ces soupirs inaudibles pour celui qui ne veut les entendre.
Puis c’est le tamaris qui balance ses branches, saluant les hôtes
secrets des lieux. Le mouvement des rameaux épouse le mouvement des
nuages qu’on ne voit qu’en mirage dans les flaques de la dernière
ondée.
La charmille cache les murmures des amours clandestines.
Des baisers d’oiseaux s’échangent. Des coléoptères amoureux s’échangent
un bruissement d’élytre et s’endorment, béatement.
Le minuscule bassin devient océan, charriant les aventures exotiques de quelques anophèles égarés.
Mais
l’herbe ? Que devient cette herbe autrefois si dense ? Elle redevient
ce qu’elle fut, tapis magique, moquette chlorophylle. Un peu de pluie,
juste un peu d’eau récupérée, quelques tendres câlins. Rien de plus...
Mais
il se fait tard, il me faut porter ce corps qui m’accompagne dans un
lit. Je me dois de l’inciter à se reposer. Il ne me demande que
quelques heures chaque nuit.
samedi 3 octobre 2009
Petit tour au jardin, 26 septembre.
Ça
et là, les perles ont été semées cette nuit par je ne sais quel
malicieux génie. Sur les feuilles effilées du bambou brasillent des
gouttes de pluie, fragiles et frémissantes.
Les coccinelles osent à peine y songer les yeux ouverts. Elles y
plongeront peut-être le bout d’une antenne, histoire d’entamer une
toilette sommaire. 
Juste à côté, quelques fleurs couleur soleil s’éclatent en coquetteries ultimes, désireuses de plaire en bouquet suprême. Se faire espérer, plaire et mourir heureuses. N’est-ce pas le rêve de toutes Belles ?
Les althéas tentent d’émerger en hissant haut des branches estivales de
bien faible notoriété. Rien ne leur servira de se hisser, les
trompettes automnales ont déjà sonné. Sais-tu que ces arbrisseaux
sèment leurs graines à mon insu et se régénèrent ainsi, discrètement
d’abord puis avec cette effronterie qui les caractérise ? J’en retrouve
partout ! Je les rempote avec les moyens du bord et les offre à qui
veut se laisser envahir les plates-bandes.Sympa le jardibricoleur, non
?
Mes
chaises s’ennuient un peu. Elles se mettent autour de la table mais
leur conversation tourne en rond. Elles ne savent toujours pas dans
quel coin se poser. Parfois, je leur tiens compagnie, quand elles
daignent accueillir le soleil et quelques degrés centigrades. C’est un
endroit que les papillons visitent, glissant leurs ailes fragiles où
bon leur semble. Ils savent qu’ils sont les bienvenus.
Dans un recoin, boudeur et bourru, mon vieil arrosoir attend le soir pour plonger son nez dans les affaires des hôtes. Il connaît tout. Il abreuve les uns, désaltère les autres, glougloutant à qui mieux-mieux. Il fait s’épanouir les secrets engourdis… Le plus souvent, je préfère l’abandonner dans les bras de la gouttière percée. Il se régale alors des incontinences du larmier. Son trop-plein de pluie étanchera la soif des gracieuses qui offriront leur corolle au sourire du jardinier.
Contre le mur du garage, le lilas des Indes parachève sa floraison
estivale. Il fut le roi de cet été, lui le chétif arbrisseau occitan
perdu dans mon septentrion.
« Jamais il ne s’épanouira chez toi ! » disaient les incrédules.
Je lui ai offert un mur immaculé, un été torride, une terrasse
accueillante et quelques heures de sieste. Il m’a remercié deux mois de
suite, du matin jusqu’au soir, acceptant ma compagnie et celles des
abeilles.
La
petite fée ne m’a pas rendu visite cette année. Son sourire s’enracine
dans les antipodes. C’est pour cela qu’à mon été il a manqué une
couleur. Une couleur qui s’est blottie pour quelques mois encore juste
derrière l’horizon. Aujourd’hui, mon jardinet entre dans son automne,
tranquille.
mardi 29 septembre 2009
Mes souvenirs d’école
Line m’a proposé d’écrire mes
souvenirs d’école. Je me suis posé devant mon clavier et j'ai laissé mes doigts
me raconter...
Je me souviens de mes premiers contacts avec l'école. Ce ne sont que les préliminaires
d'une longue histoire mais ils me reviennent toujours. Je te livre mes mots,
pas toujours riants.
Ce sont quelques lignes posées autrefois. Les souvenirs sont flous et
lointains. Tu peux les lire ici.
samedi 26 septembre 2009
Le site de Monsieur Jacques.
J'ai fouillé dans mes poches, j'ai retourné ma caisse à outils, j'ai gratté le fond de mes casseroles et je n'ai pas trouvé de mots à déposer ici. Et je passe beaucoup de temps à poser mes regards sur d'autres blogs avec une connexion fantaisiste. Mais demain est un autre jour, et je sais que ça ira mieux!
Je vous propose le site d'un copain de longue date, que j'ai perdu un peu de vue car nos vies ont pris des directions différentes. Mais pas opposées...
Laissez-vous aller. Et dites-vous bien que son humour est de loin celui que je préfère...
"Faire l'humour, pas la guerre."
Voici le site de Monsieur Jacques.
samedi 19 septembre 2009
Debout dans mes soixante quatre mètres carrés...
Debout dans mes soixante quatre mètres carrés, j’aime regarder le soleil prendre ses quartiers de l’ouest.
Au début de l’été, je reste assis sur le banc de pierre. Une pierre de
grès récupérée il y a bien longtemps au bord de la route. Elle me
tendait les bras, abandonnée par un ingrat. Ces pierres se trouvaient
nombreuses, disséminées au hasard des décharges ou des travaux. Combien
d’entre elles sont ensevelies dans le fond de tranchées ou de dalles
coulées, dans un lit de bêton, oubliées à jamais ?
Ou alors je m’installe sur une des chaises orange dénichées dans un
magasin des environs. Bien confortables et vivant en couple, elles
occupent une étagère de mon garage pendant la froide saison. Une belle
et grande étagère où règne en maîtresse une triple échelle solitaire.
Je reste assis jusqu’aux dernières lueurs. Banale activité me diras-tu
? Peut-être… mais pour qui a été privé un jour de lumière, cette
activité est vitale ! Je suis myope, tu le sais également. Le dernier
geste avant de m’allonger sur un lit est de poser mes lunettes juste en
dessous, prêtes à être saisies au premier bruit, ou à la première lueur
du jour… Il me faut les chausser! Ultime lueur du jour, initiale lueur
du jour. Je me débrouille pour ne pas les manquer. Dans la mesure du
possible.
Titannick m’a démontré un jour que je devais en manquer souvent de ces
moments-là ! Non ! Lui ai-je répondu. Sa seule présence était lumière.
Et ma journée était complète. Que ne ferais-je pas pour dénicher un
gros bisou ?... Mais j’avoue qu’elle a raison. La vie est ainsi faite.
Je n’ai pas toujours l’occasion d’être présent au spectacle. Alors, en
ces moments un peu plus sombres, je me souviens des jours de lumière.
Voila pourquoi mes journées grises sont ensoleillées ! Voila pourquoi
je n’hésite pas à sourire à qui n’en a pas envie ? Il me le rend, plus
ou moins timidement. Ou discrètement. Ou à sa façon. Mais je sens
toujours la présence d’un sourire au fond des yeux, parfois au fond du
cœur.
Je connais bien le nom de deux ou trois réfractaires dont je tairai le
nom car Rolland et Gilbert seraient fâchés. En général, je sors des
magasins avec le sourire. Et j’essaie de le faire en toute situation,
comme hier, à la Sous-Préfecture. Mais où en étais-je ?
Ah oui !... Le coucher de soleil...
Je bavarde et le temps a changé de dimensions. Il est de l’autre côté
du monde maintenant. Qu’il était beau le lever du soleil de ce matin !
Et que tu étais belle au sortir de ta nuit !Ne me demande pas comment je le sais...
Et toi aussi ! Je t’imagine engourdie, dépliant tes bras, avide de les croiser avec d’autres.
Mais
toi aussi ! Ne crois pas que je ne t’imagine pas ! Je te vois te lever,
la tête tournée vers la première lumière de la journée.
Il fera très beau demain matin.J'irai peut-être au marais.
Debout dans mes soixante quatre mètres carrés, mes gigantesques soixante quatre mètres carrés, j'ai pris quelques photos, rien que pour toi.
dimanche 13 septembre 2009
J'aime les plaisirs simples...
C’est
un chemin tout droit, tout rectiligne. Pourtant, si tu l’empruntes, il
t’emmènera juste au bord de la grande route, tu sais, celle qui mène
vers le Nord…
Il trace une lumière entre les noisetiers pillés et
les herbes que l’on appelle poliment les « indésirables ». Les ronces
ne poussent que sur les voies ferrées, à gauche, mais tu ne peux les
voir si tu ne quittes pas la ligne droite.
J’y ai vu fleurir les aubépines.
J’y ai vu fleurir l’églantine.
J’y ai vu des fruits sauvages ignorés des promeneurs du dimanche, ceux qui s’encasquettent aux premiers frissons automnaux.
Tu
ne peux imaginer la beauté d’un modeste chardon fané se mirant dans les
barbotières d’eau évitées. Et le reflet d’un nuage blanc oublié par je
ne sais quelle fée étourdie. L’eau est partout.
Combien de fois me
suis-je assis sur un banc, parfois seul, parfois près d’un pêcheur,
parfois près d’un promeneur fatigué ou songeur ?
Qu’un oiseau s’ébroue dans une flaque et je m’arrête, admiratif. Le prix du spectacle ? Un sourire à Dame Nature.
J’aime les plaisirs simples.
samedi 5 septembre 2009
Fin d'une route, début de l'autre...
Il fait beau.
Nous sommes le 31 janvier 1972. Je me souviens bien de la date : trois jours avant mon vingt-quatrième anniversaire.
À
peine sur le quai, j’échange quelques mots avec un passant éberlué à
qui je ne laisse plus une seule molécule de l’air piquant mais si frais
qui règne ici.
Je fais la bise à une vieille dame qui promène son
toutou. J’adresse quelques paroles à l’animal qui manifeste exagérément
sa joie.
Moi !... J’adresse la parole à un chien qui passe dans la rue ! Et il n’a même pas de chapeau !
Mon regard boit tout ce qu’il voit !
Gloutonnerie, gourmandise, voracité !
J’ai
soif de tout ! J’ai faim de tout ! J’ai envie de tout croquer, de tout
goûter ! Je veux faire ressurgir de toutes les saveurs enterrées !
Un
kiosque à journaux ! Tu ne peux savoir ce que ces mots évoquent pour
moi ! Je le regarde, en fait le tour. J’achète deux ou trois journaux,
un magazine. Je veux faire durer le plaisir. La dame au bonnet me
regarde, un peu perplexe mais elle en a vu d’autres.
Je m’éloigne en faisant virevolter mon sac au dessus de ma tête.
Je suis libre. Ma liberté s’écrit en majuscules de lumière.
La ville. Elle me tend les bras. Je ne veux pas qu’elle les referme sur moi. Je les évite.
Au coin d’une avenue sans fin, je croise un monsieur qui me propose des cigarettes. Je continue ma route en riant.
Je file vers la gare. Je sais pourtant que je ne vais pas prendre le train. Toutes directions d’abord. Et la mienne ensuite.
Je vais marcher.
Je veux marcher.
Je veux marcher sur l’horizon.
Je veux marcher sur un rayon de soleil. Sur le premier qui m’offrira l’hospitalité.
Le
vent d’hiver m’accueille plein d’ardeur. Mon front le subit avec joie,
mon bachi n’étant plus de mise. La route n’est pas droite. Enfin.
Au fond, je n’ai pas choisi ce moment. C’est lui qui m’a choisi. Il a du goût ! Ses choix sont les meilleurs !
Mes
jambes n’en peuvent plus, elles pétillent de bonheur. Marcher en toute
liberté ! Ne pas se heurter aux limites d’un monde confiné à vingt
mille lieues sous l’amer.
Et je marche.
Je suis ivre de marche. Mes pas s’abandonnent et se talonnent à l’infini dans une impulsion infiniment renouvelé.
Je
chantonne. Je chante et le bruit de mes semelles marque le tempo. Les
branches me saluent, le vent crie des bravos, les nuages savent depuis
longtemps où je vais.
Je crois que je suis heureux.
Il est toujours 31 janvier 1972.
À chaque moment de ma vie.
samedi 29 août 2009
la promenade de Constant des Boutons.
Constant
saisit les grilles du château. La ferraille rouillée et froide le
laissa indifférent. La bâtisse négligée sommeillait depuis trop
longtemps. Que faire pour la réveiller ?
Le dernier cantonnier de
la commune serra les barreaux de toutes ses forces. Ses mains rugueuses
s’incrustèrent dans le métal. Ses plus belles années s’évanouissaient
ici et il ne pouvait empêcher cette implacable et féroce machination du
temps qui passe…
Erraient encore derrière les bosquets les rires de ses jeunes années.
Madeleine aux blondes tresses qui lui donnait de si bonnes confiseries.
Murielle la mutine qui lui cachait son béret dans le presbytère.
Bernadette qui ne disait jamais rien. Ludovic qui avait perdu un œil au
cours d’une bagarre avec les garnements du village voisin.
Ici, la guerre des boutons n’est pas une légende.
Ici, la guerre des boutons était une légende…
Constant est le dernier à l’avoir connue, pratiquée, subie et gagnée.
Les jeunes d’aujourd’hui vont trop loin à l’école. Et trop longtemps.
Ils ne savent même pas ce qu’est un garde-champêtre ! Ils ne savent pas
marauder sans laisser la moindre trace de leur passage !
Constant grommela quelques paroles incompréhensibles et repris le chemin de la maison, une petite main dans la sienne.
-Allez ! Grand-père ! Il est l’heure de rentrer !
dimanche 23 août 2009
Rouge et bleu, un soir...
À l’ouest, rien de nouveau. Le soleil a revêtu son pyjama polychrome. Quelques replis mal repassés font la différence avec le coucher de la veille. Les paupières mi-closes de la maison aux volets bleus s’écarquillent pour héberger l’haleine fraiche de la nuit. Les pierres encore tièdes respirent, en variant subtilement leurs coloris indomptés.
Tranquille, le tilleul ne berce pas une feuille. Il sait, lui, qu’un moment important de la journée s’annonce.
La
terrasse est refaite à neuf. Gilles est le grand spécialiste du
bâtiment. Il n’est pourtant pas d’ici mais son savoir-faire a étonné
plus d’un autochtone. D’ailleurs, Paul, un habitant du hameau voisin,
ne croit pas qu’il est Pas-de-Calaisien comme chacun de nous.
Gilles n’a passé que deux séjours par ici. Le premier pour analyser la situation, la seconde pour l’action. Et quelle action !
Gégé
et moi n’avions jamais autant travaillé de notre vie. Trois chantiers
s’activaient en parallèle. D’abord la terrasse qui avait souffert d’un
manque d’entretien de l’ancien propriétaire des lieux. En quelques
coups de truelle et quelques pas de valse, la chose fut accomplie. Pour
Gilles ce n’étaient que futilités mais pour nous, il n’en était pas de
même. Nos mains si douces étaient devenues râpeuses comme la pierre de
lave du pays.
Ensuite, la fenêtre de la grange, qui n’avait plus
de raison d’être, s’est vue remplacée par un immense trou béant. C’est
là qu’une baie vitrée immense allait nous servir d’écran géant pour
voir passer le monde… Des pierres ! Gilles voulait des pierres du pays
! Et nous lui avions apporté ! Des grosses ! Des petites ! Des pansues
! Des dodues ! Des épaisses ! Des corpulentes !
Bien sûr, en bonne logique, j’ai demandé pourquoi beaucoup de "grosses" !
L’homme de l’art, entre deux coups de truelle, marmonna :
-Avec des grosses, tu peux toujours faire des petites ! Mais le contraire ?... faut être de la ville pour y croire !
Le troisième chantier s’attaquait à la toiture de l’appentis. En fait, c’était bien un appentis mais Gégé voulait en faire une remise multi usage de bonne constitution. Quelle aventure !
Finalement, Gilles en a fait une dépendance digne des châteaux-forts de bonne réputation ! Y manquaient les créneaux mais nous préférâmes de pas évoquer ce détail ! Le talent et la puissance de travail de notre compère nous incitèrent à une infinie retenue. Aujourd’hui, ce soir, les travaux sont achevés. Il ne traine aucun outil. Tout est en ordre. La maison aux volets bleus retrouve sa tranquillité. D’ailleurs elle en sourit…
La grande table de bois n’éprouve pas le besoin de
se voir parée de fleurs ou de nappe. Assiettes et couverts, bouteilles
et verres, coudes et mains nues font bon ménage. Pourquoi se compliquer
la vie ? Les sourires, le plaisir de se retrouver ensemble, côte à
côte, face à face, les bons mots, les éclats de rire, les larmes de
joie…
Le soleil s’est esquivé timidement, clandestinement.
Les flammes des bougies se trémoussent dans l’air parfumé du soir.
Dick, le vieux chien de la ferme de Roger, dort profondément.
Incroyable situation où les hommes veillent sur le sommeil du gardien.
Nous
ne sommes pas étonnés de la visite du vieux Gabriel qui passe par là, «
par hasard ». Titannick lui a d’ailleurs réservé une place. Toujours la
même.
Le repas se déroule dans la plus grande simplicité. Comme d’habitude.
Quand
l’heure de la verveine du Velay tintinnabule, le ton monte juste d’un
nuage, comme la chaleur de la nuit sur la colline de Roger. Les petits
verres se font calices et recueillent la verte liqueur aux accents du
pays. Les gosiers s’enflamment, les yeux brillent.
Et dans la lueur frémissante des bougies, nous nous regardons en face.
Oui ! Elles sont magnifiques ces ridules qui s’encanaillent aux coins de nos éclats de rire.
vendredi 14 août 2009
Les premières...
Ce sont les premières feuilles mortes qui réveillent
mon attention. C’est la mi-août qui les a surprises en pleine
abondance. Elles ne sont pas mortes de la prochaine saison mais bien de
la présente, trop chaude et trop brûlante. Les bacs à fleurs mijotent
des potées trop fleuries sous le feu du ciel. Vaincues, les reines d’un
jour courbent la tête. Ce balcon sera leur cimetière.
À deux pas de la Mer du Nord, cette maisonnette s’abandonne aux délices
des embruns que les hasards des vents d’ici déposent à leurs pieds.
Chaque vague déroule son écume silencieusement et si parfois leur
chanson se mêle aux ombres estivales perdues, il leur restera toujours
les paroles des grains de sable qui se roulent, se roulent, se
roulent…
Bientôt viendront les jours où l’Écorche-vache et l’Escorche-river se
disputeront les lieux en transperçant ces longues voies romaines
bordées des dernières forêts. Une maison vide, oubliée par les
estivants, laissera son portillon cadencer l’haleine du vent.
Le cœur du mois d’août bat encore son plein de vie et l’hémorragie des
gens génère déjà des nostalgies. À la terrasse des estaminets, on peut
choisir sa place. À l’ombre, au soleil. La bière perd son or…
La plage rêve de solitude. Elle attend l’heure des ébats d’hiver entre vague et vent. Les longs rouleaux se déferont enfin.
Les heures de brouillards salés mouilleront les pommettes des chansons fredonnées.
Il est dimanche matin. Je me hâte de porter les croissants encore tièdes dans la maisonnette endormie.

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