dimanche 23 août 2009
Rouge et bleu, un soir...
À l’ouest, rien de nouveau. Le soleil a revêtu son pyjama polychrome. Quelques replis mal repassés font la différence avec le coucher de la veille. Les paupières mi-closes de la maison aux volets bleus s’écarquillent pour héberger l’haleine fraiche de la nuit. Les pierres encore tièdes respirent, en variant subtilement leurs coloris indomptés.
Tranquille, le tilleul ne berce pas une feuille. Il sait, lui, qu’un moment important de la journée s’annonce.
La
terrasse est refaite à neuf. Gilles est le grand spécialiste du
bâtiment. Il n’est pourtant pas d’ici mais son savoir-faire a étonné
plus d’un autochtone. D’ailleurs, Paul, un habitant du hameau voisin,
ne croit pas qu’il est Pas-de-Calaisien comme chacun de nous.
Gilles n’a passé que deux séjours par ici. Le premier pour analyser la situation, la seconde pour l’action. Et quelle action !
Gégé
et moi n’avions jamais autant travaillé de notre vie. Trois chantiers
s’activaient en parallèle. D’abord la terrasse qui avait souffert d’un
manque d’entretien de l’ancien propriétaire des lieux. En quelques
coups de truelle et quelques pas de valse, la chose fut accomplie. Pour
Gilles ce n’étaient que futilités mais pour nous, il n’en était pas de
même. Nos mains si douces étaient devenues râpeuses comme la pierre de
lave du pays.
Ensuite, la fenêtre de la grange, qui n’avait plus
de raison d’être, s’est vue remplacée par un immense trou béant. C’est
là qu’une baie vitrée immense allait nous servir d’écran géant pour
voir passer le monde… Des pierres ! Gilles voulait des pierres du pays
! Et nous lui avions apporté ! Des grosses ! Des petites ! Des pansues
! Des dodues ! Des épaisses ! Des corpulentes !
Bien sûr, en bonne logique, j’ai demandé pourquoi beaucoup de "grosses" !
L’homme de l’art, entre deux coups de truelle, marmonna :
-Avec des grosses, tu peux toujours faire des petites ! Mais le contraire ?... faut être de la ville pour y croire !
Le troisième chantier s’attaquait à la toiture de l’appentis. En fait, c’était bien un appentis mais Gégé voulait en faire une remise multi usage de bonne constitution. Quelle aventure !
Finalement, Gilles en a fait une dépendance digne des châteaux-forts de bonne réputation ! Y manquaient les créneaux mais nous préférâmes de pas évoquer ce détail ! Le talent et la puissance de travail de notre compère nous incitèrent à une infinie retenue. Aujourd’hui, ce soir, les travaux sont achevés. Il ne traine aucun outil. Tout est en ordre. La maison aux volets bleus retrouve sa tranquillité. D’ailleurs elle en sourit…
La grande table de bois n’éprouve pas le besoin de
se voir parée de fleurs ou de nappe. Assiettes et couverts, bouteilles
et verres, coudes et mains nues font bon ménage. Pourquoi se compliquer
la vie ? Les sourires, le plaisir de se retrouver ensemble, côte à
côte, face à face, les bons mots, les éclats de rire, les larmes de
joie…
Le soleil s’est esquivé timidement, clandestinement.
Les flammes des bougies se trémoussent dans l’air parfumé du soir.
Dick, le vieux chien de la ferme de Roger, dort profondément.
Incroyable situation où les hommes veillent sur le sommeil du gardien.
Nous
ne sommes pas étonnés de la visite du vieux Gabriel qui passe par là, «
par hasard ». Titannick lui a d’ailleurs réservé une place. Toujours la
même.
Le repas se déroule dans la plus grande simplicité. Comme d’habitude.
Quand
l’heure de la verveine du Velay tintinnabule, le ton monte juste d’un
nuage, comme la chaleur de la nuit sur la colline de Roger. Les petits
verres se font calices et recueillent la verte liqueur aux accents du
pays. Les gosiers s’enflamment, les yeux brillent.
Et dans la lueur frémissante des bougies, nous nous regardons en face.
Oui ! Elles sont magnifiques ces ridules qui s’encanaillent aux coins de nos éclats de rire.
mardi 5 mai 2009
Un mardi soir, entre terre et mer...
Gégé est assis au bord du muret, les cheveux tout ébouriffés comme à chacun de ses levers. Pas bien réveillé. Il porte encore le vieux teeshirt que je lui avais offert à l’occasion d’un non-anniversaire. Le tilleul brasse du bout des doigts l’air du matin et la colline de Roger est embrumée de l’ivresse de la nuit.
De cet endroit, il discerne sa vieille voiture. Une R…. douze hors d’âge. Et l’affiche que nous avons placardé hier soir.
Vendue ! il y a peu de temps on y avait écrit « A vendre ». Gégé vient seulement de réaliser qu’il va falloir quitter son char pour toujours.
Hier, Titannick l’a présenté à sa nouvelle conquête. Un hybride complètement bourré…d’électronique. Un objet rutilant hors de prix livré à domicile, avec de grandes surfaces vitrées, même sur le toit. Tout y est automatique, ce qui lui convient fort bien, ses possibilités d’adaptation aux technologies de pointe étant aussi vastes que les miennes. Un trop bel objet pour ce petit coin de montagne sauvage ? L’avenir le dira…
-Au moins je n’effrayerai plus les oiseaux et les poissons !
Pour Gégé, ce n’est qu’un objet utilitaire, fiable, capable dans son coffre d’ingurgiter deux ou trois paires de bottes, du matériel de pêche et autres machins indispensables. Plus rien à voir avec la vieille R…, de son moteur asthmatique, de ses démarrages sincères, de sa carrosserie invincible, de ses roues indestructibles, de ses sièges avachis. Mais quand l’heure sonne…
Mais pourquoi le beau-frère de Roger voulait-il la racheter ? Un mystère qui se perdra sur les routes de l’Ardèche ou de l’Aveyron.
Finie la hantise de la panne sèche surprise due à une jauge dont l’optimisme viscéral bloquait l’aiguille au maximum ! deux sources d’énergie sur le même véhicule ! un luxe !
Gégé, en admirant la pente sinueuse de la route qui descend vers la vallée, d’ajouter :
-Trois énergies !
Toujours
est-il que nous avons trouvé une autre énergie : celle nécessaire pour
ouvrir une bouteille de vin de champagne. Il fallait arroser
l’évènement.
Ah oui ! Tu voulais peut-être des photos ? Mon APN n’a pas un zoom assez puissant pour photographier à partir du Pas-de-Calais !
Mais il ne faut pas que tu
pleures ! Ce samedi 9 mai je pars vers la Normandie, vers la Petite
Irlande. Je t’en ramènerai quelques photos car cette fois-ci mon
appareil photo est déjà rangé dans les cachettes ingénieuses de
Diésélito. Je ne sais pas encore où se continuera mon périple, ce sera
sans doute un autre petit coin de France.
Je te raconterai !
...Mais comme je vois que tu t'impatientes, je t'offre une photo
d'Étretat, prise il y a quelques jours... Il y en a d'autres que je
posterai plus tard, il faut que je prépare mes malles!
mercredi 22 avril 2009
Gégé se taisait...
Gégé
se taisait. Le vent d’Est égratignait la porte d’entrée. Un volet bleu
se jouait des bourrasques en claquant sans rythme, juste pour embêter
le monde comme disait le vieux Gabriel. Au sud, narguant la colline de
Roger, un infatigable soleil semblait ralentir sa trajectoire comme
s’il voulait que les moments passés derrière les murs de la vieille
maison de pierres de pays fussent éternels.
Le vent continuait
son inlassable discours. Le tilleul lui faisait des signes par delà le
chemin. Impossible de s’emparer du moindre parfum végétal en ces heures
si peu paisibles.
Gégé voyait bien le tracteur monter et
descendre les pentes du vallon. Le foin se couchait, son heure de
gloire avait sonné. L’air moins tourmenté laissait les insectes se
poser au gré de leurs désirs. Un papillon aventureux osa faire une
pause sur mon épaule.
Gégé se tourna vers moi.
-Un papillon sur l’épaule !...
-Couleur ?
-À ton avis ? »
Le lépidoptère, téméraire, vint se poser sur le bord de mes lunettes.
« Ne reste pas ici ! Le stationnement est interdit ! »
Le vent d’Est en profita pour cesser ses manœuvres.
« Et si on allait dans la vallée ? »
Je ferme les guillemets car ce sont à peu près les seules paroles que nous échangeâmes pendant les deux heures qui suivirent. Il faudrait que tu nous voies un jour nouer de concert nos lacets. Entendre le chant de nos godillots sur la route dure. Capter leur rythme sur les cailloux. Et se faire taiseux au bord de la rivière…
Il faudrait que tu nous voies nous émerveiller devant le vol du milan royal. Le départ d’un animal dans une futaie trop touffue. Le goût des baies sauvages. L’odeur des prés si guillerets.
Il faudrait que tu sois là, tout simplement...
vendredi 6 mars 2009
Nez au carreau
Janvier. Les mains englouties dans les poches d’un pantalon de velours
presque trop grand pour moi, la truffe pour ainsi dire collée à la
porte-fenêtre à galandage, je surveillais l’arrivée imminente d’un
printemps trop mesuré.
Les voisins avaient invité une équipe
de deux jeunes gaillards et leur avaient offert la possibilité de
tailler les haies et les arbres de leur propriété. La délicieuse
mélodie des taille-haies et le frémissant chuchotement des
tronçonneuses ont bercé une journée qui se voulait agréable.
Les
narcisses faisaient de leur timidité le meilleur rempart contre les
dernières morsures de l’hiver qui ne voulait céder aucun centimètre
carré de mes soixante-quatre…mètres carrés. Les crocus, plus
aventureux, avaient pointé un bourgeon enrhumé tout enrubanné de
flocons. Leur imitation des perce-neige manquait de réalisme. Une
dormance paisible se laissait ouater sans mot dire.
J’essayais de m’imaginer les Volets Bleus…
En quoi le paysage s’était-il grimé ?
L’hiver sévissait-il ?
Alors
j’ai fouillé dans mon « dédé ». Je voulais retrouver une photo des
lieux. (« dédé » c’est mon disque dur amovible mais c’est aussi le chat
de mon Gégé !).
J’ai trouvé une photo des Volets Bleus engourdis par les dernières
exhalaisons du tilleul. Ils s’apprêtaient à fermer les paupières pour
s’économiser pendant les froides heures à venir. Voici la maison au
début de novembre. Le tilleul fanfaronne encore, curieusement. Mais toi
tu sais que ce n’est pas le seul original qui hante l’endroit !
Comme
tu peux le voir, Gilles a réparé le petit toit. Il en a profité pour
toiletter quelques pierres. Le bois sera bien abrité. Les scarabées et
autres petites bêtes également.
Le hasard fait bien les
choses. Je dis « hasard » mais est-ce bien lui ? La petite Fée
parlerait sans doute de destin, Titannick ajouterait que c’était
écrit…
La boite à lettres fit claquer son clapet.
Jean-Claude le facteur passait et avait déposé du courrier. Quelques
pas blanchis. Une lettre et une photo.
Les Volets Bleus juste avant l’ouverture des paupières, un presque soir de neige... Volumineuse poudreuse.
Skis.
Raquettes.
Feu dans la cheminée.
Verveine du Velay.
J’abrège, c’est à toi d’imaginer le reste !
Et quand on ferme les yeux, on ne lit plus, sauf dans le cœur de ceux qu’on aime…
Moment de tiédeur.
Moment d’amitié.
Moment de partage.
On se laisse engourdir.
On se laisse aimer.
On se laisse entourer.
Découvrez Catherine Marchese / Emile Naoumoff!
mercredi 7 janvier 2009
Chatoune ouvre sa fenêtre...
Quand le soleil écarquille les yeux juste au-dessus de l’horizon, à l’heure où les braves gens font tourner le monde, Chatoune se lève et ouvre sa fenêtre. Que ce soit l’été ou l’hiver, qu’il fasse beau ou qu’il fasse froid, elle veut dire bonjour à la lumière. Étrange cérémonie incomprise de ceux qui ne savent pas. Je n’ai rien à craindre d’elle, elle ne sort pas ses griffes en ma présence. Je ne saurais dire pourquoi…
Elle ouvre la fenêtre toute
grande, tant de choses à dire au monde qui se lève. Des petits bruits sortent
de sa bouche, pas les petits mots tabous qu’elle me dédie, non ! Tous les
autres ! Ceux qui disent bonjour sincèrement, ceux qui disent merci
clairement. Les mots-bijoux dont elle est l’écrin de lumière, l’écrin de vie,
l’écrin d’amour. Les mots-bisous qui à peine sortis de sa bouche se posent sur le
cœur. Pétales indicibles d’un éternel printemps.
Quand le jardin déboutonne
ses feuillées, quand Chatoune a fini de s’étirer, dans le creux de mon cou elle
se blottit pour ronronner. Tout se fait musique silencieuse et ballet de petits
gestes-tendresse. Les paupières se font étanches au monde extérieur et les
lèvres s’entrouvrent. Deux ne font plus
qu’un. Étrange libellé mathématiques pour les uns, charmante formule pour
les autres. D’eux je n’entends plus rien. À peine une respiration…
La journée commence bien…
par un recoucher de soleil...
jeudi 4 décembre 2008
Le sang des fleurs de blé
Sous les coquelicots, par delà le muret,
À l’ombre des bleuets, quand passent les bateaux,
Je revois les tableaux de mes étés passés.
Le sang des fleurs de blé donnent aux bleus d’antan la saveur des baisers au goût de sel de mer. Je me souviens de ce moment où une abeille amoureuse s’éreintait à butiner une flamme
végétale. Je venais de puiser une cruche d’eau dans le puits. Une eau fraiche dont les gens de la ville ont oublié le goût. Le tilleul achevait sa floraison. Le miel s’annonçait joliment parfumé de ce côté-là. Sous ses feuilles, je me laissais porter par la brise qui venait de glaner les histoires du plateau où se couche le soleil. Un peu plus loin, coquette et inspirée, une autre fleur à
la tige rugueuse et peu accueillante, me lançait des regards discrets mais très évocateurs. Parfois, une vague bouffée de foin coupé flottait dans l’air. Frédéric terminait l’ouvrage du jour. Je le voyais aller et venir entre les deux collines du sud-est.
Une autre gorgée d’eau fraiche.Je ne peux expliquer pourquoi mais je repensais à ce pêcheur avec qui j’avais échangé une bonne poignée de main. Il ne connaissait pas la montagne. Il en avait vu, certes mais toujours de loin. Parfois de son bateau. Sa question m'avait surpris:
-C’est comment quand on est en haut ?
J’avais été incapable de lui répondre ! Le brave homme connaissait les noms des principaux massifs de France ! et de quelques sommets !
Frédéric revenait par la petite route et Dick le précédait comme de coutume. Il me lança un grand geste de la main et rangea son tracteur. Je lui répondis en l’invitant à se désaltérer.Ce grand gaillard prenait petit à petit la « suite du Père », comme il se plaisait à dire. Il se laissa choir sur le banc et but d’une traite le grand verre d’eau que je lui avais offert. Ce n’était pas la première fois qu’il venait se désaltérer et échanger quelques mots.
Je lui lançai un coup de menton interrogateur.
-Fini pour aujourd’hui !
- C’est comment quand on est en haut ?
Surpris par ma question, il avala un deuxième verre d’eau.
-On peut voir la Mer !
J’en suis presque tombé à la renverse. Je me sentais un nuage flottant entre deux mondes qui se cherchaient du regard et ne se rencontraient jamais !
La journée de Frédéric n’était pas révolue. Les animaux le réclamaient.
Je suis resté assis derrière la murette jusqu’à l’évanouissement des dernières lueurs du couchant.
Découvrez Valérie Duchateau!
vendredi 28 novembre 2008
Envolée bleue vers les Volets Bleus...

Laisser mes godillots et mon sac à dos
transporter mes pensées au bout de la route.
S'approcher tranquillement de la montagne
et la traverser respectueusement.
Se laisser séduire par la rivière sauvage, écouter les bruits de l'eau,
se laisser emmener par la mélodie des flots sur les cailloux.
Saluer les petits arcs-en-ciel qui se posent sur les herbes.
Prendre le temps d'écouter les histoires des Demoiselles,
leur dire qu'elles sont belles,
leur dire combien on a envie de les embrasser.
Croire en la Montagne éternelle, croire en la Beauté, croire en l'Amitié, croire en l'Amour. Croire aux jolies choses de la vie, croire en soi, croire en Toi.

Ce soir les volets bleus me
manquent. Blottis au pied de leur colline verte, je sais qu’ils attendent le
prochain occupant. Les paupières de la maison de l’amitié se sont baissées
comme pour mieux conserver les rires et les éclats de voix. Titannick qui chantonne
au gré du temps, Gégé qui danse avec les outils de l’ébéniste, Juliette qui
parfume l’atmosphère à coups de sourires éclatants, Louis qui joue avec le
petit peuple du jardin, Nicole qui caresse la toile de ses pinceaux, Stéphane
qui fait gazouiller les casseroles, ceux qui viennent sans les clés, et moi… moi qui vérifie si les nuages et les
abeilles sont tous présents à l’appel.
Je contrôle si les vieux
planchers craquent dans la bonne tonalité, je vérifie si les petites pattes du
grenier ne sont pas trop nombreuses, j’écoute la charpente, les poutres
centenaires qui murmurent les histoires du temps passé. Depuis belle lurette,
elles ne donnent plus de châtaignes mais un abri si confortable et sûr!
Nous nous réunissons souvent
dehors, le soir, quand les aiguilles des montres citadines prennent un peu de
repos sur les vieilles commodes de chêne. Passe alors par hasard le vieux
Gabriel qui nous enchante avec les histoires de ceux qui sont passés ici avant
nous. Sa voix craque comme le vieux bois mais qu’elle est belle ! Elle
nous transporte et nous emmène sur les chemins d’antan. J’aime serrer la main
du vieil homme, une main taillée par le travail de la terre. Il s’exprime avec
le verbe d’autrefois, chacune de nos conversations est une fête. C’est surprenant
mais sa façon de chanter les mots magiques qu’il a appris au fond des bois ou
dans le creux des collines nous émeut toujours. De les entendre juste au moment
où le jour se métamorphose en nuit est un délice que je m’accapare volontiers
en compagnie de mes amis.
Blottis entre les pierres
centenaires, calmes et paisibles, illuminant les murs, les volets bleus
veillent. Le tilleul baille de toutes ses branches. Le milan royal glisse une
dernière fois sur le silence du soir. Il ouvre la nuit aux chauves-souris. Dans
le jardinet, au pied du muret, madame crapaud passe à table...
Mais je m’y vois encore ! Ou déjà !Tout à fait entre nous,
même ailleurs, j’y suis toujours.
Découvrez Glenn Gould!
lundi 20 octobre 2008
Deux branches de tilleul...
Mais qu’ils me manquent les volets bleus ! Je repense à ces matins de juin, quand les branches de tilleul tentaient de pénétrer par la fenêtre. Le ciel bleuissait de plaisir et l’été s’installait dans le bruissement des feuilles vertes.
Qu’est-ce j’étais bien dans l’immense lit de la chambre du fond ! Moi qui suis un lève-tôt, je me prenais à aimer ces moments délicieux où le ciel jouait à cache-cache à travers le feuillage nouveau. Je me prenais à écouter une symphonie pastorale interprétée par des abeilles déjà au travail. Après quelques jours derrière les volets bleus, je pouvais reconnaître le bruit de pas de Gaston le lézard au costume gris, un virtuose de l’escalade en chambre. Je savais que Zoé la mouche faisait son marché discrètement.
Qu’est-ce j’étais bien sur la terrasse, dès l’ouverture des volets bleus ! Moi qui aime regarder la nature s’éveiller dans mes soixante-quatre mètres carrés, me voici tout émerveillé d’être observé par elle. Dans ce pays de terre et d’herbages, les levers d’un citadin sont en décalage total. Ici, les journées commencent avec le soleil et se couchent avec lui et j’ai du mal à suivre les premiers jours.
Imagine-moi bien installé, sirotant une boisson chaude, caressant les amorces d’un petit déjeuner appétissant. Devant moi, le muret, la route, la colline de Roger, le tracteur en équilibre sur l’horizon. À mes pieds, Dick et sa compagne espérant des restes délectables oubliés sur la table.
À gauche, descendant la ruelle, sautant par delà le ru qui traverse le hameau, Gabriel revient de la chasse aux champignons. Par hasard. Les bruits de table réveillent les appétits. Il est matin mais l’omelette sera plus parfumée que d’habitude. Quelques minutes de rapide préparation.
Qu’est-ce j’étais bien après un tel petit déjeuner ! C’était souvent l’heure où le milan royal passait nous saluer en silence. Autour des volets bleus, les oiseaux ne passent guère quand je dégaine mon APN. Les mots de Gabriel assaisonnaient l’ambiance de ses anecdotes savoureuses qui nous étaient un dessert incomparable.
Je laissais mes regards pirouetter dans le paysage, tout est beau ici. L’amitié ajouterait-elle une couleur, une nouvelle saveur au lieu ? C’est probable. Moment de p’tit bonheur sans prétention, sans façon. Échanges de regards complices. On savait sans rien se dire que la journée s’annonçait belle
Que j’étais bien près des volets bleus, dans ce pays où tout est beau, tout est simple, où les relations entre les gens sont droites comme des manches de cognées.
À bientôt !
jeudi 14 février 2008
Un beau match!
C’est en juin que Roger se mit en tête de dépanner le
tracteur. Il s’agissait d’un vieux modèle.
-Tu me donneras un coup de main !
-Je veux bien faire le manœuvre mais je te préviens, je n’y
connais absolument rien !
-C’est rien ! Tu m’avanceras les outils !
C’est ainsi que commença le plus vaste chantier de réparation
qu’il m’ait été permis d’admirer !
Roger était un brave voisin avec qui j’avais sympathisé les
saisons précédentes lors de mes séjours dans ces lieux. Il n’avait rien d’un
furieux ou d’un quelconque barbare mais son enthousiasme soudain pour la
mécanique agricole avait éveillé chez moi une perplexité peu commune. J’avais
le front sec et j’avais l’impression de transpirer.
Le match commença par un round d’observation. Je passais
avec inquiétude des clés, des tournevis, et d’autres outils dont je n’ai pas
mémorisé le nom. Petit à petit, mes mains changèrent de couleur. Elles
fonçaient tout autant que l’artiste fonçait dans l’inconnu. Des objets
métalliques jonchaient les alentours et j’avais pour consigne de les ranger
dans l’ordre du démontage. Comme l’espace me manquait et que l’humeur de Roger
se colorait de jurons particulièrement précis dont la décence m’interdit
l’énoncé ici, j’entrepris de placer ma récolte en spirale. Fier de mon astucieuse
idée, je m’enferrais dans…une spirale infernale ahurissante. Je planais
résolument au dessus de mon œuvre. J’avais la sensation étrange que le temps
s’était suspendu autour de ma petite personne.
Et les pièces hétéroclites s’amoncelaient, certaines semblaient
jumelles, d’autres bien solitaires. Quelques unes semblaient étrangères à
l’affaire mais, obstiné, je posais mes perles sur le collier infini d’un
joaillier fou. Le soleil restait fixé au même point depuis des heures, les
arbres n’osaient même plus bruire au passage des rares moineaux de la ferme. Si
le vocabulaire de Roger enrichissait le mien, son ton montait car des câblages
réticents manifestaient une résistance héroïque. Quand la boîte de vitesse
poussa ce qui pour moi semblait un dernier soupir, Roger se tourna vers moi, le
visage en partie masqué par une série de traces huileuses et noirâtres :
-P… ! J’en ai Ch.… !
-Pff…
(Ce sont exactement les mots que nous échangeâmes à ce
moment là, je vous assure !).
Il se leva, se frotta les mains sur sa salopette.
-Je sais ce qui ne marche pas !
Je suis incapable de vous dire ce que Roger a réparé mais ce
dont je suis certain, c’est que nous sommes restés éveillés pendant de longues
heures encore. Quelques révisions lexicales plus tard, je n’avais réalisé aucun
progrès en mécanique.
Soudain, comme si je ne m’y attendais plus du tout, le
tracteur reprit une forme de…tracteur. Aucun mot. Mon angoisse devait faire taire
la faune environnante. Le milan royal qui d’ordinaire, nous saluait crânement,
ne fit aucune apparition ce jour-là…
Roger recula de quelques pas, jeta un coup d’œil circulaire,
comme s’il voulait vérifier que nous n’avions pas oublié une bricole ou deux
dans un coin (un geste qui, je l’avoue, ne m’a pas rassuré !). Tout en
s’essuyant les mains dans un chiffon innommable, son regard se chevilla dans
celui de l’engin. Les yeux dans les phares. Ils se scrutèrent de longues
minutes, l’un stoïque, l’autre se frottant machinalement le bout des doigts
noirs. La maison, l’atelier, la grange,
le muret, Dick le chien de ferme, tout glissa dans un silence que je suis
incapable de qualifier. Un silence qui vous met des menottes aux chevilles et
qui vous empêche de bouger un cil…
Roger se tourna vers moi et du bout du menton :
-Qu’est-ce t’en penses ?
-… (Silence et perplexité).
-On y va ?
Tel un chevalier, il sauta sur la vieille monture, tritura
deux ou trois boutons ou manettes, et cria très fort :
-C’est ta dernière chance !
La machine éternua, cracha un nuage de fumée épaisse d’abord
puis sautilla sur place comme atteinte par d’une crise de nerfs. Elle s’apaisa
ensuite pour ronronner sous les caresses des grosses mains calleuses. Le couple
s’aventura dans le sentier du val et revint tout aussi vite.
Roger n’est pas homme à s’étaler sur ses réussites ni sur
ses échecs. Demain, la ferme pourrait tourner.
Et moi ? Demain je me reposerai !
Roger m’a conforté dans l’idée de ne jamais
désespérer ! Quelles que soient les circonstances !...
mardi 9 octobre 2007
Le muret de mon Gégé et La Dame Brune
Posé sur le muret de mon Gégé, je pouvais caresser des yeux la
ligne rougeoyante de son horizon. Le jardinet de mon ami côtoyait celui de la Dame Brune, envahi de
légumes divers destinés aux bouches affamées de ses nombreux enfants. Les
fleurs y luttaient poliment pour se frayer une trajectoire vers la lumière. Les
couleurs se complétaient les unes aux autres et se répondaient comme si elles
se détachaient de leur originelle source. Et je ne vous parle pas des odeurs,
des parfums, des effluves, des arômes, des fragrances, des émanations, des
exhalaisons, des relents parfois, qui bondissaient vers nos narines.
Dans le jardin de Gérard, un tilleul méritant, un rosier
audacieux, quelques fleurs anonymes, des buissons couards et chétifs. Le muret
de pierres, tout au long, aurait dû servir de liant. Mais il avait préféré ne
pas se mêler aux luttes esthétiques. Quelques herbes sauvages, gaillardes et
généreuses, se hissaient sur la pointe des rhizomes et brandissaient des épis
déjà dorés. Excellente initiative qui cachait naturellement l’étroit ruban
bitumé de la route de Saint-Bérain.
La colline d’en face, celle de Roger, était d’une rondeur toute
féminine, douce, belle à être caressée aux dernières heures du jour qui se hâte
d’en finir délicatement. Philosophiquement, les vaches y montaient le matin et
en descendaient le soir, juste avant la traite.
Et moi, toujours posé sur le muret de mon Gégé, je pouvais
caresser des yeux la ligne rougeoyante de son horizon.




































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