vendredi 13 novembre 2009
Amour et Ovalie.
Et lui qui me tient, qui me protège…
Mais ? Mais ?...que fait-il ?
Il va…oh non ! Il me jette entre leurs pieds ! Ils sont au dessus de moi ! Ils me regardent !...
Ils
disent du mal de moi ! J’en suis sûre ! Moi qui rêve d’être une boîte
de petits pois toute ronde et brillante, bien étiquetée, j’en vois des
gros qui m’écrasent, me chahutent, me bousculent, me rattrapent, me
talonnent, m’invectivent, me pourchassent, me poursuivent, me
harcèlent, me tourmentent…
Et l’autre là, le grand siffloteur, tu
ne vois pas qu’on agresse une pauvre balle ovale ? Tu ne vois pas
qu’une bande de sauvages m’agresse ?
Et puis l’autre là ! Le grand vaurien au maillot bleu ! Oui ! Oui ! Toi !...
Mais
il m’a repris dans ses bras ! Il m’aime ! J’en suis sûre ! Il court !
Il accélère ! Il virevolte ! Il zigzague ! Il s’envole ! L’amour le
rend fou ! L’amour lui donne des ailes !
Il m’aime ! Je l’aime ! Je succombe !
Il m’a prise dans ses gros bras pleins de gros muscles ! Il court il court ! Nous fuyons ensemble ! C’est merveilleux !
Il plonge dans l’herbe épaisse, me tient fermement et…m’embrasse sous les acclamations de la foule en délire.
mardi 29 septembre 2009
Mes souvenirs d’école
Line m’a proposé d’écrire mes
souvenirs d’école. Je me suis posé devant mon clavier et j'ai laissé mes doigts
me raconter...
Je me souviens de mes premiers contacts avec l'école. Ce ne sont que les préliminaires
d'une longue histoire mais ils me reviennent toujours. Je te livre mes mots,
pas toujours riants.
Ce sont quelques lignes posées autrefois. Les souvenirs sont flous et
lointains. Tu peux les lire ici.
samedi 29 août 2009
la promenade de Constant des Boutons.
Constant
saisit les grilles du château. La ferraille rouillée et froide le
laissa indifférent. La bâtisse négligée sommeillait depuis trop
longtemps. Que faire pour la réveiller ?
Le dernier cantonnier de
la commune serra les barreaux de toutes ses forces. Ses mains rugueuses
s’incrustèrent dans le métal. Ses plus belles années s’évanouissaient
ici et il ne pouvait empêcher cette implacable et féroce machination du
temps qui passe…
Erraient encore derrière les bosquets les rires de ses jeunes années.
Madeleine aux blondes tresses qui lui donnait de si bonnes confiseries.
Murielle la mutine qui lui cachait son béret dans le presbytère.
Bernadette qui ne disait jamais rien. Ludovic qui avait perdu un œil au
cours d’une bagarre avec les garnements du village voisin.
Ici, la guerre des boutons n’est pas une légende.
Ici, la guerre des boutons était une légende…
Constant est le dernier à l’avoir connue, pratiquée, subie et gagnée.
Les jeunes d’aujourd’hui vont trop loin à l’école. Et trop longtemps.
Ils ne savent même pas ce qu’est un garde-champêtre ! Ils ne savent pas
marauder sans laisser la moindre trace de leur passage !
Constant grommela quelques paroles incompréhensibles et repris le chemin de la maison, une petite main dans la sienne.
-Allez ! Grand-père ! Il est l’heure de rentrer !
mardi 28 avril 2009
"Mémère Florine"
Je
m’appliquais à bien touiller les fruits dans le chaudron que m’avait
prêté l’oncle Max. Les fraises se transformaient petit à petit en cette
délicieuse confiture éphémère qui charmerait les papilles des petits et
des grands. Les miennes en premier, je suis gourmand. Et pouvoir happer
au passage quelques gouttelettes de cette magnifique explosion de goût,
de senteurs, de parfums…
Je te laisse imaginer combien ce
moment m’est précieux ! Les fruits fondaient et disparaissaient dans
des spirales de sucre engendrées par une cuillère en bois. Magnifique
outil de caresse…
Quelques pensées se mêlaient aux vapeurs enivrantes… En fait, les fraises ne sont pas de vrais fruits ; ce sont des induvies.
(Ce qui, en chinois, s’écrit [植](带鳞片的)壳斗). Le fait de le savoir
m’importait peu, et encore moins maintenant, à l’heure où j’écris ces
lignes.
Bref !... J’étais « bien » !
Soudain, alors
que je me croyais seul, une petite voix aigrelette, juste derrière moi,
me fit sursauter ! Je faillis lâcher ma cuillère !
-Ne bousculez pas trop les fraises ! Elles vont se rebeller !
-En douceur…oui, en douceur !
Je
fis ce jour-là la connaissance de Mémère Florine. C’était la grand-mère
de la voisine de l’Oncle Max. Elle disposait d’une aile de la grande
demeure de sa petite fille. Elle hantait, parait-il, tous les lieux des
environs, en connaissait les moindres rumeurs, histoires, cancans. Elle
savait tout sur tout.
Ce que je savourais chez elle, c’était sa façon de s’exprimer. Elle ne disait que des mots bien dosés, ni plus ni moins.
C’est ainsi que j’ai donc appris que les fraises ne devaient jamais être bousculées.
jeudi 2 avril 2009
Un défi (2)
Sur le port, Tolo m’attendait. À la tombée de la nuit, nous serions prêts !
Je
me souviens avec précision de cette soirée. Nous mangeâmes de bon
appétit, il faut dire qu’il y a un âge où l’appétit est proportionnel à
l’énergie dépensée. Et de l’énergie, nous en dépensions parfois même un
peu trop !
Don Guillermo avait dit « Quand on verra les étoiles ! ». Et on voyait bien les étoiles.
Un
regard et nos pas vers la plage. Le bateau était prêt, ainsi que les
filets. Tolo lança le moteur et mena le bateau vers la zone de pêche.
Sur place, mon compagnon saisit les rames et je posai méticuleusement
les filets. L’opération se déroula sans encombre. Fiers et fatigués,
nous rentrâmes au gîte. Les paupières cachèrent des rêves de pêche
miraculeuse. Je me souviens d’avoir bien dormi...
Mais je fus réveillé en pleine nuit par une voix qui m’incitait à me lever au plus vite!
Tolo me disait tout bas mais énergiquement :
-Viens vite !... la mer… »
Il
termina sa phrase par un mouvement ondulant des mains ! Une tempête se
levait ! Il ne fallait pas perdre de matériel, coûte que coûte ! En
mer, je pris les rames et Tolo tira les filets. Et le bateau dansait !
J’avoue, ce fut une dure épreuve !
Jusqu’au dernier filin,
jusqu’au dernier flotteur nous luttâmes ainsi. L’embarcation
s’emplissait d’une masse sombre et dégoulinante. Tolo debout face à la
mer, comment pourrais-je l’oublier ?
Comment pourrais-je oublier ses directives hurlées dans la nuit pour guider mes coups de rames entre des écueils ?
Folle jeunesse ! Quelle énergie nous avons dépensée cette nuit-là !
Beaucoup
plus tard nous nous sommes dits que nous avions besoin de ces repères
pour souder notre amitié. Je ne logeais plus dans un coin d’une
planète, non ! Mais près d’un ami ! Dès lors, des silences solennels
ont jalonné les nuits à la belle étoile. Une réelle complicité. Nous
étions devenus inséparables. Tolo avait bien d’autres talents.
Chasseur, pêcheur, boulanger.
Quand il allumait le four (un four
rustique mais très efficace!), les curieux s’approchaient, nombreux. Il
façonnait les pains ronds et les boules de pâtes dansaient entre ses
mains. Il chantonnait quelques chansons de son pays. Les anciens, et
les anciennes, reprenaient parfois. Les yeux brillaient de ces petits
bonheurs dont je suis toujours friand.
C'était un autre temps.
vendredi 20 mars 2009
Un défi (1)
Le téléphone : « Dring ! Dring !
Moi : J’écoute…
-T’es pas encore levé ?
-Heu…nan…
-C’est l’printemps, mon vieux ! Faut t’lever !
-Pourquoi faire ?
-… »
Ben oui ! Le printemps a sonné les clochettes des jardins et les abeilles n’ont plus le bourdon !...Quoique…
L’hiver
a meurtri moult végétaux, certains ont bien du mal à s’en remettre. Mes
soixante-quatre mètres carrés se sont laissés embrumer par le
quotidien. Même mes mots ne bourgeonnent pas encore… les Petits ne
demandent qu’à jouer et contribuent à me faire oublier les petites
trahisons du temps qui passe. Il fait beau, il fait bon, il est temps
de fouiller dans les petites affaires de Dédé. J’y ai trouvé les
quelques lignes qui suivent. Pas de photos de cette époque, tu le
comprendras bien. Il n’y avait pas de place dans les poches de mon
maillot de bain et les APN n’existaient pas encore.
Je
suivais ce sentier depuis presque deux bonnes heures et je me demandais
combien de pas m’avaient précédé. Les herbes poussaient plaisamment sur
chaque bordure du chemin et l’obligeaient à cheminer vers l’avant et
nulle part ailleurs. Est-ce que la pluie se posait en cet endroit ?
Aucune empreinte moulée.
J’avais décidé de marcher jusqu’au coucher du soleil ce qui, selon mes prévisions, allait m’emmener jusqu’au port.
Le
port. Un bien grand mot pour une plage minuscule et la cabane de Pedro
le pêcheur. Un homme simple dont les rides cachaient des histoires
interminables. Il faudra que je te raconte un jour mes premiers
contacts avec les langoustes et les araignées de mer.
Les
rochers m’offraient des visages lumineux, parfois ombragés, qui se
détachaient sur le bleu éternel. Les lignes de partage des lumières
changeaient à chaque instant. Les buissons dissimulaient une vie
volante discrète.
Je me laissais prendre à ce piège de bruits
et d’odeurs, de paix et de vie, d’amour et de silences. Plus
j’avançais, plus je me sentais léger. Mes fidèles godillots
papillonnaient et je goûtais avec gourmandise cette sensation étrange.
J’habitais à ce moment précis un corps qui n’était pas mien. Je
respirais, je sentais, je bougeais, je marchais, j’étais vivant. Je me
laissais alors rattraper par les visages de ceux que j’aime. Ceux que
je ne voyais plus et ceux que je ne pourrais plus jamais voir. Mon cœur
vibrait d’amitiés entières.
Seul sur le chemin mais pas
solitaire. Bartolomé préparait ses filets. Nous les poserions en douce
cette nuit, comme nous aimions le faire. Et ce, depuis que Don
Guillermo nous avait lancé ce défi.
Incapable de poser des filets la nuit ? Nous ? C’est ce qu’on allait voir !
«
Voir » est sans doute le mot le plus inadapté à la situation. Bartolomé
avait une vue d’aigle. Et moi de taupe-modèle, qualité qui, la nuit,
est de bien peu d’utilité.
Nous nous complétions, sans parler
tout-à-fait la même langue ; la bonne volonté, le cœur et l’amitié
étaient largement suffisants.
Le fait d’y penser me faisait sourire et mes pas accentuèrent le rythme.

samedi 28 février 2009
Un grain de sable dans l'oeil
![]()
La plage blanche s’étirait jusqu’au cap des Indolents.
J’avais
ôté mes chaussures et les avais accrochées sur les côtés de mon sac.
Elles se laissaient dorloter au rythme de mes grands pas. Je les aimais
ces chaussures, elles ne me quittaient jamais. Parfois, elles
quittaient mes pieds pour aller se reposer dans un petit coin discret.
Plaisir de se retrouver.
Ces solitudes marines ont toute ma
bienveillance. Me laisser glisser en douce le long des barbes d’écume,
évitant à toute compagne incontinences verbales et flots de paroles
folles. Chacun trouve son plaisir, l’une sur son écoumène, l’autre sur
son no man’s land.
No man’s land. Une curieuse expression à
l’instant où sur le sable une paire d’accessoires féminins attira mon
regard. Personne à l’intérieur. À l’extérieur ? Non plus !
Une plage et le silence. Des vagues sur l’horizon.
Une tête qui émerge. Puis un corps tout en rondeurs luisantes de
gouttes de mer. Un immense sourire félin et des yeux couleur sirène.
Je restai planté sur plage, incapable de bouger.
-J’avais un grain de sable dans l’œil ! Alors je me suis rincé l’œil !... un peu comme vous maintenant !
De coutume imperturbable, je me sentais déstabilisé mais fort heureux… quelque part.
De
mots en vagues et d’écume en coup de vent, nous avons marché de concert
jusqu’au cap des Indolents. Deux chemins parallèles n’ayant jamais de
points communs. Hormis nos mains l’une dans l’autre. Sa demeure se
cachait derrière la colline, bercée entre océan et hautes herbes sèches
des marais. À l’arrière, tourné vers le continent, un jardin que l’on
devine sauvageon.
-La balançoire est cassée et le moulin ne tourne plus ! Fit-elle en posant une main sur mon épaule. Tu peux les réparer ?
J’ai
réparé le moulin. J’ai réparé la balançoire. J’ai laissé l’horizon
s’enflammer. J’ai laissé le temps passer entre l’océan et la terre.
J’ai remis les chaussures que j’avais accrochées sur les côtés de
mon sac. Je me suis laissé dorloter au rythme de mes grands pas.
Une plage et le silence. Des vagues sur un horizon éteint. Seule une voix qui s’éloigne en murmurant.
-Que serais-je sans toit qui vint à ma rencontre…
lundi 16 février 2009
Jamais cafard n'a Homme.
Il me faut te conter ce qui m’est arrivé :
La table était dressée, les coupes alignées,
Et sur la nappe blanche trottait un scarabée
D’une allure très franche, bien que désordonnée.
Au bout de la tablée, un hypocondriaque,
Belles joues carminées, se sentait fort d’attaque
Envers une assiettée de petits œufs de pâque
Ronds, rouges et rosés. Une vraie mise à sac.
Captifs dans un panier nouvellement tressé,
Quelques abricots secs dont le derme orangé
Transpirait de bonheur en laissant se glisser
Sur le velours doré des drupes de l’été
Quelques gouttes sucrées que les épineux cafards
Œil brillant, pattes noires, viennent parfois très tard
Siroter entre amis le délicieux nectar
Fredonnant dans la nuit des chansons de fêtards.
samedi 31 janvier 2009
Une vieille librairie
Dans ce collège bien situé sur le boulevard
principal de cette ville ouvrière du nord de la France, ne rôdait
qu’une odeur de travail bien organisé. Il n’y avait que quelques
classes, quelques professeurs aux sourcils froncés et un surveillant à
l’accent du sud-ouest. Pierre venait de quitter un établissement
démesuré où quelques différends l’avaient opposé à l’ordre établi. Il
avait déchiré son livre de français, un vieil ouvrage récupéré chez un
cousin éloigné. Un objet de vénération qui avait survécu à plusieurs
générations avides de connaissances. Dans le cas présent, la lignée
s’est arrêtée spontanément au cours d’une dispute qui a dégénéré.
Pierre avait été invité à changer d’établissement, ce qu’il fit de bonne grâce.
Entre les murs de briques rouges, il retrouva de
nombreuses connaissances dont un ami de ses parents, monsieur Mirnet.
Ce brave professeur pris de suite sous son aile le nouvel arrivant, lui
glissant entre les mains une liste d’ouvrages « « que tout le monde
devait posséder ici ! » …
Puis tout bas d’ajouter que ses parents avaient déjà contacté le libraire pour les modalités de paiement.
La
poisse ! Il fallait retourner dans le quartier où était situé l’autre
établissement ! La honte ! L’horreur ! Une boutique à la mode que
fréquentaient ses anciens condisciples !
-Pierre ! Tu as l’adresse ?
-Ben oui, monsieur !
-Prends cette carte malgré tout ! »
Le pauvre prit le petit morceau de carton glacé du bout des doigts et ne le lut qu’après avoir franchi la porte !
Waouh ! Ce n’était pas la même adresse ! Il courut vers la rue du Bois Ridé et plongea vers l’unique boutique !
C’était une maison très ancienne. La vitrine étroite
tentait d’exhiber quelques ouvrages d’un autre temps. La porte de bois
avait oublié son vernis depuis des lustres. Pierre la poussa doucement,
réveillant au passage une cloche suspendue.
-Jeune homme ! fit une voix éraillée.
-Bonjour monsieur !
Une toison blanche émergea dans le fond et s’avança.
-C’est toi le protégé de monsieur Mirnet ?
Pierre était muet de stupeur ! Il était le protégé du prof de français !
-Donne-moi ta liste !
L’adolescent vit sa main tendre le feuillet par automatisme.
Le
libraire grommela en laissant glisser son doigt du haut en bas.
Quelques pas plus tard, il posa une pile de livres devant Pierre qui
reconnut l’un d’entre eux. Oui ! C’était le même !
-Tu as déjà lu un de ces livres d’après ce que j’ai entendu dire ? Mmmmm… ?
Pierre raconta. Le vieil homme écouta, regarda le jeune homme sans mot dire, leva un doigt vers le haut de la plus haute étagère, désigna un panonceau qui portait ces mots :
“Ceux qui brûlent les livres finissent tôt ou tard par brûler les hommes”
(Heinrich Heine).
Les mois qui suivirent furent très calmes.
Les années passèrent.
La librairie disparut sans un bruit. Monsieur Mirnet prit sa retraite
en son heure. Pierre a conservé le petit morceau de papier glacé. Il
l’a bien caché dans un vieux livre tout écorné.
Tout en haut d’une étagère.
Publié chez Kaleïdoplumes.
La consigne était :
Lieu : Une vieille librairie de quartier.
Personnages : Un adolescent et une personne âgée.
Contrainte : Dans votre texte vous devez insérer la phrase suivante :
“Ceux qui brûlent les livres finissent tôt ou tard par brûler les hommes” (Heinrich Heine).





















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