lundi 16 juin 2008
Cultiver son jardin...

Une partie de ma vie s’est continuée
en s’appuyant sur les murs de cette maison dont les briques rouges n’ont pas
fini de se faire défier par le vent de l’est. Rares sont les courants d’air qui
osent encore bousculer les vivaces enracinées le long de mon allée. L’herbe y
fut semée il y a près de quatre décennies et n’a jamais failli à sa fonction
primitive. Elle est verte, c’est une pelouse en bonne santé. Parfois, quelques
brins tentent solitairement de s’installer sous un hameau de clochettes de mai
ou derrière une spirée alerte. Dire que je suis sans pitié serait un mensonge,
je traque l’aventureuse et la repique dans une zone idoine. Un petit rien qui,
ajouté à d’autres, a corrigé bien des calvities végétales. Il y a belle lurette
que les rosiers ont quitté les lieux, envahis de pucerons et autres maladies
cryptogamiques. Je leur avais laissé une place de choix, sans effet. 
J’ai donné mes premiers coups de
pioche dans un automne humide. Un septembre dont je me souviens. La pluie
accompagnait chaque jour. La terre ne buvait plus, trop imbibée. L’hiver prit
la suite timidement et ne mordit que brièvement. Mais quand arriva le
printemps !...
Chaque rayon de soleil buvait à
pleine gorgée l’eau qui dormait. Les mottes endormies se couvraient de verdures
sauvages au grand étonnement des moineaux de passage. Il ne me fallut que
quelques jours pour donner un air de paix à ces futurs soixante-quatre mètres
carrés. 
Tu aurais dû me voir pendant mes
heures de liberté labourer, bêcher, retourner, sarcler, ratisser, retourner,
râteler, biner, … je ne connais pas exactement le nom des outils ni des
actions. Mais j’avais bien observé les anciens en pleine action. J’avais
enregistré leurs moindres faits et gestes.
Et un jour, je me suis planté sur
mes deux jambes, je me suis appuyé sur le manche de l’outil que je venais
d’utiliser, j’ai regardé la terre toute belle et je me suis dit :
-Tu es prête !
Et j’ai semé la pelouse. Tu aurais dû me voir baissé chaque
matin et chaque soir, le nez au ras du sol, surveillant la croissance des brins
d’herbe.
Depuis, je n’ai jamais cessé de cultiver mon jardin.
http://www.youtube.com/watch?v=-OFOOjxmC-s
J’oubliais de te dire : je pars en Bretagne ce samedi. Il me reste
un sac à fermer, la brosse à dents et le maillot de bain y tiennent une grande
place. Je vais donc m’offrir une bretonnade estivale dans la région de
Douarnenez. Je passe m’arrêter également vers Audierne, peut-être. Je serai de retour vers la fin du mois.
Je t'embrasse avec toute ma tendresse.
vendredi 6 juin 2008
Mes soixante-Quatre mètres carrés...
Puis j’arrive dans la cuisine. Ma cuisine. Une baie vitrée
ouverte sur mes soixante-quatre mètres carrés. Rien que mes soixante-quatre
mètres carrés. Des mètres carrés de tranquillité, de verdure, de paix, gorgés
de lumière et de nuages de par chez moi. Réveillés le matin et bordés chaque
soir par le soleil qui parait glisser en laissant des confettis de couleurs.
Les vents, d’où qu’ils viennent, ne parviennent pas à faire
frissonner la verte pelouse que je bichonne avec tendresse. La pluie, d’où
qu’elle vienne, ne parvient pas à submerger l’herbette fidèle et éternelle.
Et le ciel ! Le ciel qui puisse passer au-dessus de mon
jardinet ! il s’étale, passant du bleu aux gris, n’hésitant pas à
s’ensemencer d’étoiles brillantes par les nuits claires. Mon banc de pierre
m’accueille en ces moments sacrés. Les belles images de ma vie parfument mes
yeux et je vois les sourires de tous ceux que j’aime. En ces instants magiques,
vous êtes tous là…
Qu’elles sont belles ces heures tranquilles du soir ou de la
nuit dans un coin d’un jardin qui sommeille comme un bon et gentil gardien
des secrets. Je me remplis, je m’imprègne goulûment, je m’imbibe de ces moments
et je m’en souviens les jours ou un rideau d’ondée dégouline du toit. Ou les
jours de froid, quand les doigts gourds n’ont rien à cueillir.
Puis je m’installe dans la cuisine. Ma cuisine. J’entrouvre
et laisse entrer l’humeur du matin, celle qui me fait entendre les chants et
les murmures. Dans la journée, je ne peux dénombrer le nombre de coups d’œil
que je lance par là…
Il faut que je me souvienne de ces moments-là. Et des
autres.
Ah ? Tu es là ? Quelle bonne surprise ! Tu as un petit moment à me consacrer? Alors clique doucement dans ma main.
lundi 26 mai 2008
Au jardin du matin calme...

Mes paupières se sont encore ouvertes avec
émerveillement : je suis debout, vivant et je vais bien !
À peine dans la cuisine, je jette un œil par la fenêtre,
l’autre le suit sans hésiter. Quelqu’un a chagriné le ciel et ses larmes ont
emperlé les hostas et flaqué la table ronde. Les perles s’épient, se vantant
d’être plus belle que la voisine.
La brise matinale, espiègle, balancent les
feuilles du bout des lèvres et les gouttes s’unissent dans une cabriole qui s’écrase
sur l’herbe enjouée, provoquant l’hilarité de quelques vers de terre
euphoriques. L’air sent la douceur bien qu’une moiteur se profile
sournoisement.
Je m’avance sur la terrasse, les perles de la nuit tremblotent,
elles craignent pour moi. Sur la table ronde, un nuage s’admire et m’invite en
son monde de lumières.
Il fait bon. Il fait doux.
L’air est calme. Tout est tranquille. Une bonne et belle
journée s’annonce.
J'ai envie d'écouter La Symphonie Pastorale
http://www.youtube.com/watch?v=Ir9797qNVk0
samedi 26 avril 2008
Un samedi matin, dans le jardin...
Mais où étaient donc mes petites
visiteuses ? Elles me manquent ces abeilles et leurs cousines,
sympathiques à leur manière. Il est encore tôt, le printemps n’a pas encore
réchauffé les soixante quatre mètres carrés, ni le monde d’en dehors
d’ailleurs ! Dans un ciel abandonné par les nuages d’un hiver qui ont mis
bien longtemps avant de boucler ses valises, je ne vois pas encore voleter les petits
insectes. Le temps n’est sans doute pas encore venu…
Pour l’instant, je m’installe
derrière les nouvelles feuilles des andromèdes qui enflamment chacun des coins
qu’elles occupent. Les plantes se déplacent au gré des ensoleillements, des
saisons, des vents et autres facteurs. Elles occupent, pour la plupart d’entre
elles, un pot à leur taille. Ce qui permet au jardin de changer son ambiance,
sa structure, sa disposition. Ces vagabondes profitent des premiers rayons du
soleil et vont se réfugier dans les endroits qui leur conviennent. Je reste
assis et admire les petites feuilles qui se déplient en lançant leurs
flammèches luisantes vers le ciel.
C’est le matin que je
préfère ! Je m’installe dans la cuisine, pivot vivant de la maisonnée. Les
rideaux s’écartent largement et le jardin s’offre tout entier. Le soleil se
faufile entre les branches du jardin voisin, et vient lécher la charmille
verdissante. La lumière change à chaque instant, l’ambiance évolue à chaque minute.
Mon lait s’imprègne d’un goût de miel si doux. Les parfums de l’air matinal
tentent de s’infiltrer par la croisée à peine entrouverte. Ils caressent les
narines si discrètement…
Les hostas s’éclatent entre
copines et leurs coquets feuillages illuminent le bord de la terrasse.
Panachées ou monochromes, je les adore. Elles savent occuper élégamment les
petits coins difficiles. Je sais qu’elles ne sont pas les seules à pouvoir le
faire mais elles sont mon choix.
C’est l’un des moments que je
préfère peut-être… L’hiver qui joue les migrateurs, les jours qui grignotent
les nuits, le retour des butineuses et des fleurs volantes, la renaissance d’un
jardin clos qui, même fermé, est tout vert.
Et tu vois, ce qui me plait le plus, c’est de
m’asseoir là auprès de quelqu’un de j’aime bien. Même si bien trop souvent, ce
n’est que virtuel, partager mon banc de pierre une fraction d’éternité. Et me
dire « On est bien, hein ! »
dimanche 20 avril 2008
Après une belle journée...
Je ne me souviens plus si c était par l’intermédiaire d’un monsieur ou d’une dame mais la petite lucarne avait annoncé de la pluie, du vent, des éclairs et autres désagréments. Finalement, le linge a séché dans le jardin. Il a permis à quelques papillons de passage de s’abreuver sur les draps. Étonnant spectacle !
Bref ! J’ai passé une
délicieuse journée. Mon APN m’a entraîné vers mes soixante-quatre mètres carrés
et s’est diverti en photographiant à partir d’un coin. L’endroit où passent les
chats qui vont chez Françoise.
Il ne me semble pas avoir
entendu la pluie cette nuit. Or, quelques gouttelettes s’étaient ensemencées
sur les feuilles de lis. Étaient-ce des larmes ? Parfois je me demande si
les végétaux, tout comme nous, n’éprouvent pas du chagrin, de la joie ou tout
autre sentiment.
J’ai soif et il pleut. Il fait chaud et l’ombre d’un
arbre vient à point. Il fait froid et le jour se lève. Je me fane et le
jardinier me soigne.
J’avais autrefois repiqué
quelques jacinthes qui s’ennuyaient dans un jardin abandonné. Je les avais rencontrées
au cours de l’une de mes flâneries dans la Cité des Cheminots. Elles ont l’air
de se plaire ici.
Ce soir, en permettant à l’APN de tenir son habituelle conversation avec Monsieur OB, je me suis dis que moi aussi je pourrais faire « mumuse » avec l’une des photos que j’ai multipliée. Qu’en penses-tu ?
vendredi 18 avril 2008
Quelques gouttes de bruits...
J’ai d’abord résisté à
l’envie d’y poser mes sabots. L’APN trépignait et depuis quelques jours, nos
chemins se croisaient, m’incitant à marcher le long de mon allée, tout au long
des labours. Je me suis décidé : ce matin, j’ai fouiné dans la fraîcheur
d’un jour qui débutait à peine. Quelques gouttes de pluie courent, glissent et
jouent tout en se faufilant le long des feuilles vertes que mes longs doigts
palpent, sensibles aux découvertes, fureteurs débridés, parés à badiner. Les
longues feuilles minces me caressent les mains. La nuit, la pluie les rince, préparant
les baisemains. 
Le doux bleu des jacinthes
allument le parterre, étrange sacrosainte lumière de printemps. Des tulipes
lèvent encore noblement la tête, se tenant toutes droites comme en un jour de
fête. Mais ce sont les piéris qui se montrent les plus enflammées en prenant
ardemment les devants. Mon jardin semble en feu. Les chats voisins qui passent
marquent toujours le pas, craignant la géhenne. Ce matin ? Du soleil et
pas du tout de vent. Tous les bourgeons s’éclatent, pas de tour de passe-passe.
Je l’avoue, je me sens une âme lycéenne !
samedi 23 février 2008
Quelques vers dans mon jardin...
Les pieds sur la verdure
Je scrute le jardin
Mais je crains la froidure
Je suis un citadin
Les gentils moineaux
Volètent en rond
Espérant de l’eau
Ou des pucerons
L’ombre du bouleau
Donne au bûcheron
Comme un doux manteau
Charmant chaperon
Passe une mouette
S’en courant en vol
Chercher l’amourette
Sa muse frivole
Dont la silhouette
Passe et caracole
Sans voir la pauvrette
Mes mains je t’assure
Sentent bon le thym
Mais je crains la froidure
Je suis un citadin
jeudi 21 février 2008
Comment réussir une crème renversée sans la renverser ?
Je plante le décor : la
cuisine. Une large porte-fenêtre avec des petits rideaux qui s’écartent au gré
des humeurs. Soixante-quatre mètres carrés qui s’offrent au regard. Quatre
points de restauration pour les oiseaux. Des mésanges gymnastes et des
insatiables merles s’agitent. Douze ou treize rais de soleil tricotent avec les
végétaux qui se dorent les bourgeons séduisants en prenant des airs de
starlettes ondulantes. Les narcisses se narrent encore des souvenirs d’hiver ou
de printemps passés mais rêvent secrètement de charentaises authentiques. Le
maître des lieux est sans aucun doute le rouge-gorge ; il est partout à la
fois. De la terrasse il saute sur les pots de camélias qui n’en reviennent
pas ; des pots de camélias il passe sur le lit de pouzzolane d’un photinia
famélique. C’est le tour des Piéris de se faire secouer les feuilles sans
ménagement. Petit et actif cet oiseau ! Mais à qui diable me fait-il
penser ?
Il va falloir que j’émiette
la terre, le gel n’a pas été assez long pour le faire à ma place. Il a dû
sentir mon ressentiment à son égard. J’ai toujours les extrémités froides, ce
n’est pas de ma faute ! C’est ainsi et je ne vous permettrai pas d’en
rire !
Zut ! J’ai posé mon nez
sur la vitre ! La tache est bien régulière, d’un bel effet ! Une
élégance qu’il me faudra effacer avec un large coup de chiffon. Pas tout de
suite pour ne pas effrayer les visiteurs du jour.
-Papy ! Sur ta planète, on fait aussi des crèmes renversées ?
mardi 12 février 2008
Wolgang Soleil et Antonio Crocus...
Le soleil avait gratté à ma porte très tôt ce matin. Il s’était paré de quelques chauds rayons et me narguait… je l’attendais d’habitude mais aujourd’hui, c’est lui qui m’a surpris ! En pleine figure ! Et ça m’a mis de bonne humeur !
J’ai voleté dans la maison de pièce en pièce. Mozart
m’attendait aussi puis ce fut Vivaldi. Quelques coups d’archet de Nigel Kennedy
et les fenêtres prennent un air de printemps tonique et parfumé. Mon lait avait
un goût de miel et je ne touchais pas le sol…
Le bureau fraîchement aéré, matinalement prêt à saluer les
virtuels visiteurs, n’a guère perdu son sourire quand l’ordinateur s’est mis à
ramer, à ramer… Il me fut difficile de rendre une petite visite à mes
visiteurs… Il y a des jours comme ça !
Alors j’ai pris mon APN et une tartine beurrée couverte de confiture de mirabelle (gourmandise oblige !) et je me suis rendu dans un petit coin de mes soixante-quatre mètres carrés. J’ai cliqué à gauche ! J’ai cliqué à droite ! Et même ailleurs !
Ne pouvant vous envoyer un message, je vous envoie ces
quelques modestes fleurettes.
lundi 21 janvier 2008
Début 2008:Première visite rapide au jardin
Première visite rapide dans les soixante-quatre mètres
carrés.
Plusieurs jours venteux avaient ballottés les bouleaux
pleureurs de mon voisin. De ce fait, ils étaient plutôt larmoyants, émouvants, geignards,
plaintifs, pleurnichards, gémissants, pleurards. Ils avaient perdu moult
branches et branchettes, ramures et rameaux, ramilles et ramées,
brindilles et tiges. Comment nommer ces présents semés sur la pelouse ? Je
ne désirais guère réveiller trop tôt ou trop vite une herbe assoupie. De fil en
aiguille, je réussis à récolter un tas impressionnant.
Sur la pointe des pieds.
Et ce grand cachottier de printemps, savez-vous qu’il se
prépare dans les petits coins ? Savez-vous que des dizaines de bourgeons
donnent un petit air très acnéique aux alentours ?
Mais l’hiver est à peine lancé, il n’a pas encore eu
l’occasion de mordre sérieusement, sinon de mordiller à peine.
Hiver ! Tu peux passer et trépasser ! Je ne te
retiens pas !
J'aime de temps en temps écouter : "Marche pour la cérémonie des Turcs" (Lully)
http://www.youtube.com/watch?v=qypyCKt7i_Q&feature=related


























