vendredi 23 mai 2008
Une page d'écritemps...
J’écris pour passer le temps. Non pas pour tuer le temps, il renaîtrait sans cesse de ses cendres mais bien pour le passer. Comme on passe
un gué, ou comme on passe d’une rive à une autre, ou comme on passe le sel à
son voisin de droite. Ou de gauche.
Je suis heureux de me réveiller vivant. Je ne suis pas
parfait, on me l’aurait dit je crois. Ou je le saurais ; ce serait d’un
ennui ! Je préfère ne pas y penser !
Je me réveille vivant. Et cela chaque matin depuis soixante
ans ! Soixante fois trois cent soixante cinq levers
« vivant » ! Et je ne compte pas les années bissextiles et les
matins de brumes cérébrales qui ne sont même plus un souvenir. L’un dans
l’autre, ça doit faire le compte.
Plusieurs fois je me suis couché et levé dans la même
journée. Et inversement.
Je me suis moins souvent couché heureux que levé heureux. Je
n’ai pas pris de notes, je ne peux donc pas vérifier la véracité de mes dires.
Je m’imagine au lit, un calepin dans une main, un crayon dans l’autre, notant
mes faits et gestes. Et ma solitude avait été rompue en ces moments-là,
j’imagine mon trouble…
« Tu prends des notes ou tu me donnes une
note ? »
Quel manque de savoir-vivre ! (il doit y avoir d’autres
mots pour décrire plus explicitement la situation, je compte sur vous !).
Ce soir, j’ai regardé passer les mots. As-tu remarqué comme ils
savaient se différencier les uns des autres ? Je ne peux analyser le fond
de ma pensée et donc pas l’exprimer. C’est ainsi. Les quelques professeurs dont
j’ai croisé le chemin me l’ont assez reproché. Ça ne m’a pas empêché de
regarder par la fenêtre quand j’en avais envie. Les cours de certains étaient
souvent plus longs que les chants d’oiseaux dans les cerisiers. Une fenêtre
doit toujours être ouverte ou fermée : entre nous, je la préfère
ouverte ! Il y a toujours quelque chose à voir même si parfois on n’entend
qu’un coin de ciel…
Pour l’heure, je n’ai toujours rien dit d’intéressant mais
il fait doux dehors. Gigi vient de faire claquer un volet de bois. Le bruit des
trains voyage jusqu’ici, la brise vient de l’Est. Les nuits de mai aromatisent
mon bureau de ces clameurs qui se distillent sous les rideaux. J’en laisserai
entrer les moustiques, pour le plaisir… Pour le plaisir de les regarder vivre.
J’y pense : je n’ai pas de photos de moustiques ou de
bruits de train ! M’en voudrais-tu si je pose ici quelques regards que
j’ai figés pour me faire plaisir ? C’était au bord de la mer, tout contre
une falaise amoureuse…
Et cette dernière a été prise au dessus des douves d'un château féodal longtemps oublié...
mercredi 9 avril 2008
Ça te fait sourire...
Me voila une fois de
plus assis devant mon clavier.
Les touches d’antipapier
s’ennuient à l’heure de l’angélus.
Une amie me demande
des lignes ou des images ou des signes.
Je ne sais pas écrire
ça te fait sourire.
J’écoute
Jean-Sébastien et ses notes magiques,
Il m’emmène vers
demain, je le trouve fantastique !
Mais revenons à nos
boutons, ceux que je frappe à tâtons
Pour enfiler des mots
des petits, jamais des gros !
Cette nuit, que
vais-je écrire avant de voir le jour refleurir ?
Je sais ! J’ai
trouvé ! je vais parler de toi !
Je vais aligner des
idées réprouvées tout en restant courtois !
Mes doigts vont
galoper sans jamais se télescoper.
Deux heures plus tard,
fatigué, les yeux hagards
La tête pleine de
rêves qui bouillonnent sans trêve
Je n’ai fait que
penser à toi en te caressant du bout des doigts.
Pas de mots ce soir.
Rien à faire :
au revoir!
Et comme je t'aime bien,
Je t'offre quelques vues de mon jardin!
samedi 5 avril 2008
Trois heures viennent de sonner...
Trois
heures viennent de sonner, je ne dors pas encore. Les volets baissés laissent
filer les rumeurs silencieuses de la nuit. J’ai les yeux grands ouverts. Je
dois avoir des oreilles immenses à force de les tendre. J’en arrive à entendre
mes pensées. Je les entends m’interpeler. La maison est si grande qu’elles se
perdent plusieurs fois avant de me revenir.
Un
chat s’aventure dans la longue gouttière. Il tâtonne dans la nuit et s’assure à
chaque pas. Que cherches-tu, chasseur nocturne ? Quelque oiseau égaré ?
Un compagnon d’infortune ? Des amours dispersées ?
Merci
aventurier de la nuit !
Je
capte mieux les bruits, ceux qui viennent de plus loin. Marcel va partir avant
les premières lueurs. Je n’entends jamais démarrer son camion. Je le taquine
toujours en affirmant qu’il doit le pousser jusqu’au sommet de la pente avant
de le laisser rouler en silence.
Après
ces grands silences viennent les premiers petits bruits. Mes pavillons se
tendent, grandissent. Les nids se réveillent.
-Bonjour !
Tu as bien dormi ?
-Il
va faire beau !
-Il
n’a pas plu, il va falloir trouver de l’eau.
-L’air
est déjà très doux !
-Le
soleil enlumine l’horizon…
-Je
t’aime.
Six heures viennent de sonner, je ne dors pas encore. Les volets baissés laissent filer les rumeurs naissantes du jour. J’ai les yeux encore entrouverts. Je n’entends plus mes pensées, elles ne m’interpellent plus. Elles se sont perdues dans la maison qui s’éveille.
Et je m’endors…
jeudi 27 mars 2008
C’est toi qui me réconfortais.
Je
me souviens que ce jour-là, je me suis assis au bord de ton lit et avant de se
dire bonjour, nous nous sommes longtemps regardés, comme d’habitude. Ce long
moment de redécouverte de l’autre se terminait toujours par un sourire
simultané. Le temps du salut était venu. « Je vais bien ! Et
toi ? »
Je ne savais que répondre à ta
question. J’allais bien, ma santé ne me posait aucun souci et il faisait beau.
Mais toi, mon Ami ! Mais toi, dans
ton lit, immobilisé par ce mal dont le nom seul avait fait fuir ceux qui
étaient les plus proches. Toi qui gardais un moral inoxydable. La corrosion
était muette. Rien ne te trahissait.
J’avais honte de me plaindre de mes
petits bobos de citadin. Oui, je sais que je n’avais pas besoin de te les
dire ; tu savais déjà tout ça par cœur. C’est toi qui me réconfortais.
C’est toi qui me disais les mots que je ne savais plus dire. C’est toi qui m’as
dit de cueillir les petits bonheurs, ceux que les hommes pressés laissent se
flétrir au bord du chemin.
J’ai laissé sommeiller tes paroles
égoïstement dans un coin secret de mon cœur. Et puis j’ai rencontré des
oreilles attentives, comme pouvaient être les tiennes. J’ai raconté ces petits
riens que toi seul savais si bien emplir de vie, à les faire exploser.
J’ai encore ta photo mais ton visage
s’estompe.
J’entends encore tes mots mais leur
musique s’envole.
Je vois encore ton sourire mais il me
semble si loin.
Je me souviens de ton dernier regard.
Je me souviens que le lendemain,
tu…
J’ai écrit ces lignes le 6 mai 2005. Le souvenir de mon ami d’enfance fait partie de moi, de tout ce que je vis, de tout ce que je ressens, de tout ce que je fais. Seule la maladie a réussi à nous séparer pour l’instant.
Ce soir, j'ai écouté le Requiem de Gabriel Fauré.
http://www.youtube.com/watch?v=EJMSoRu9r6U&feature=related
mercredi 26 mars 2008
Je ne sais pas où le mettre ce bouquin!
Je ne sais pas où le
mettre ce bouquin!
Vais-je le tenir
ainsi pendant ma lecture?
Vais-je le poser sur
mes genoux?
Je vais avoir les
fesses plates sur ce sol!
Et ce vent qui lève
un peu de sable!
Et ce soleil qui
picote la peau!
Et ces enfants qui
crient!
Et cette casquette qui
ne tient pas sur le crâne lisse!
Et ce sable qui entre
partout!
Pourtant on a tout
pour être « bien » sur cette plage!
Dis! Tu te souviens? Fin mars….
Il faisait froid! La
neige était tombée!
Le printemps se
cachait.
Tu écrivais ces lignes sur ton blog!
Ne te plains pas,
c’était pire cet hiver!
Mars 2005
vendredi 14 mars 2008
Rien à dire et fatigué...
Je viens juste d’achever la
préparation du repas du soir. La journée a été bien remplie. Je me sens
horriblement fatigué, à cause d’un interminable hiver qui ne porte pas toujours
honnêtement son nom. Je ne vous rends pas visite sur vos blogs depuis peu mais
vais tacher de me rattraper très vite, dès que j’aurai remis un peu d’ordre
dans ma tête, et ailleurs ! Aussi, ma meilleure médecine est le bricolage,
le jardin étant encore ensommeillé. Je m’apprête à me lancer dans divers travaux dans
la maison. Changer la décoration intérieure demande pas mal d’énergie si on se
donne de la peine. Je dégage la pièce entière. Il faut dire que j’ai coutume
d’éviter l’accumulation. J’évite la pléthore d’objets et de bibelots inutiles
et envahissants. Ensuite j’ai rangé les tableaux, les cadres, les meubles
transportables dans une autre pièce. La maison est grande et m’offre des
espaces volumineux, j’en profite, elle est généreuse. Demain, je réparerai les
trous laissés dans les murs par les impacts de pitons ou crochets divers.
J’aurai ainsi des surfaces libres pour jouer du rouleau.
Je me suis fixé une date limite
pour la fin des travaux : ce sera la fin du printemps ! Je ne vais
pas m’user la santé dans des travaux exécutés trop intensivement. Pour
l’instant, j’admire un ciel orangé vers l’ouest. Un troupeau de nuages déferle
comme une montagne en colère. Le soleil se couche et ne veut pas de témoins.
Les grands arbres, le dernier orme pyramidal en tête, retiennent leur souffle.
L’horizon coupé par la barre de la colline d’Artois cache un feu qui s’étend
mais qu’on ne voit pas. Je suis sûr que Michel a déjà rentré ses chiens,
puisque je n’entends rien. Quelques moineaux piétinent ma pelouse. Ils
cherchent leur pyjama ou leur brosse à dents. Un autre oiseau que je ne connais
pas traverse le ciel, c’est celui qui chante si bien et si fort chaque soir me
semble-t-il !
Ce soir, je m’offre du bon temps.
Plus de vent. Mais je ne sortirai pas pour prendre l’air, il est trop
humide !
Oui, je sais que tu vas me faire
remarquer que je n’ai pas dit grand-chose avec mes mots, et j’en suis
parfaitement conscient ! Seulement, ce que tu ne sais pas, c’est que je
vais boire un coup à ta santé !
(Entre nous, dans ce cas là, mon
Gégé dirait avec amplement d’élégance « On va en boire un, faute de
pouvoir le tirer ! »).
Chacun trouvera la morale de cette histoire au niveau qu’il
désire la trouver !
Il parait que j'ai une "sale tête" en ce moment!
Manquerai-je de soleil, de lumière?
lundi 10 mars 2008
Tempête de mars
Le vent a joué avec les nuages
cette nuit. Pas gentil, pas méchant, juste des gamineries qui font peur aux
enfants. Je contrôlai avec conviction l’étanchéité de mes paupières quand les
grosses gouttes voulurent jouer des claquettes sur les tuiles grises. De
grosses gouttes froides sans doute. Le vent ne semblait pas d’accord et
préférait une partie de cache-cache. Leur conflit dura ainsi quelques heures.
Une fois toi, une fois moi, une fois nous. Finalement c’était trois fois eux et
seulement eux. Jamais moi. Les tuiles sifflotaient de temps en temps. Je crois
que c’étaient les tuiles. Les gouttières n’en pouvaient plus et débordaient de
coups de rires débordants. Chansons de corps de garde en prime. Et glou, et
glou, et glou.
Alors je me suis laissé ensevelir
par ma couette. Les clameurs de cascades devinrent gazouillis de cascatelles.
Les hurlements d’Éole mutèrent en chuchotements mélodieux.
C’est là que ton visage m’est
apparu, nimbé de tiédeur confortable. Un sourire d’abord puis des clignements
d’yeux et enfin des sourires. De ceux dont tu me gratifies quand les temps sont
durs, quand les solutions tardent à venir, quand les douleurs ne veulent pas
s’estomper. Des sourires célestes qui font fuir les nuages de mauvais augures.
Alors j’ai senti mon corps qui s’allégeait.
Dans l’obscurité, j’ai fermé les yeux et ta chaleur m’a enveloppé, la douceur
de ta peau m’a conforté et réconforté. Je t’ai sentie tout près.
Et je me suis endormi en paix.
vendredi 7 mars 2008
Le Violon de confiance
Il
faut que je te raconte cette histoire que m’a racontée « Bobine ». Elle
vit en Suisse, dans le Jura Bernois.
« Mon Papa tenait admirablement et
avec une grande conviction un commerce de sellerie et de tapisserie. Il
confectionnait des selles pour le Shah de Perse. Son père, mon Grand-papa,
avait vu entrer l’armée de Bourbaki en Suisse, en 1871 au Locle. Voila déjà de
quoi écrire un livre, peut-être même plusieurs… De nombreuses pages sont
presque écrites dans un coin de ma tête mais il y a tant et tant à faire…
Papa est né en 1897 et jouait du violon
dans l’orchestre symphonique du Locle, à la frontière française. Il jouait auprès
d’un jeune musicien avec qui il s’entendait bien ; c’étaient deux bons
copains. En 1917, ce jeune français dût partir à la guerre. Ayant une immense
confiance envers mon papa, il lui confia son violon, lui demandant de le lui
restituer s’il avait la chance de revenir. Mon Papa a pris grand soin de
l’instrument mais le jeune homme n’est jamais revenu…
Nous ne connaissons pas son nom et
sommes dans l’impossibilité de faire des recherches… et le violon est toujours
là, en souvenir de ce jeune musicien inconnu.
En 1939, mes parents se sont installés à
Berne et Papa n’a plus jamais utilisé l’instrument. Il nous en parlait souvent,
des larmes dans les yeux. »
Tu
comprends pourquoi je tenais à te raconter cette histoire ? Elle m’a
beaucoup ému. Si tu désires en savoir plus, tu peux toujours envoyer un message
à Marie-Louise, je suis sûre qu’elle sera heureuse de te répondre.
marie-louise-h@bluewin.ch
dimanche 2 mars 2008
Bonsoir Madame Edith Piaf
Un disque de la « Môme Piaf » envahit la maison.
Les notes montent délicatement jusqu’au bureau. Les marches blanches de
l’escalier laissent s’élever les mélodies et me font dodeliner de la tête. Je me cale confortablement le dos dans mon
fauteuil et mes yeux s’évadent par une fenêtre qui me laisse libre de leur
ancrage. Une légère brume tente
d’envelopper l’horizon du nord. Le soleil a trop brillé hier et s’est déjà
blotti sous une couette liquoreuse. Tu dormiras seul ce soir, soleil ! Je
reste dans mes murs, je reste bien au chaud. La chanson continue, d’en bas vers
le haut. Les notes pétillent, l’accordéon pleure. Emporté par la houle, je me
laisse porter par la p’tite bonne femme. Je souris dans mon confort, je ne fais
rien.
Et le disque virevolte. Un manège en solitude. Des rafales
de vent remplacent les flonflons d’une improbable fête qui pirouette dans ma
tête.
Je n’avais pas capté les bruits de la cuisine. Les légumes
que j’avais déshabillés tout à l’heure commencent leur métamorphose. Ils
chantent dans les casseroles. Mais c’est la compote de pommes qui s’insinue la
première dans mes narines. Je suis pourtant loin, la fenêtre encore lumineuse.
Comment t’expliquer dans quel état je me trouve ?
Je suis bien assis. Quelques parfums m’enrobent et me caressent
mes narines, le vent s’amuse avec les branches par-dessus les toits, de
vieilles chansons dépoussièrent des souvenirs secrets.
Le temps peut faire une pause, je vais patienter.
« …il offre un arc-en-ciel…
Laissez-le moi, mon amoureux…
Essayez de vous laisser porter pas les mots
un de ces jours…
et dites m’en des nouvelles ! »
lundi 14 janvier 2008
Trop de lumignons à étouffer !
Je suis né le troisième jour d’un mois de février mais ce
n’est pas de ma faute. Je ne fêterai jamais mon anniversaire en été, sauf avec
mon Gégé. On pense tous les deux que ce n’est pas une bonne opportunité de
faire la fête quand il y a trop de lumignons à étouffer ! Et de toute
façon, dans l’année, il y a beaucoup plus de jours sans anniversaires !
Les hôpitaux étant en grève, mon histoire a débuté dans
l’arrière-salle d’un estaminet, un matin de très bonne heure. L’hiver s’était élégamment
vêtu de blanc de Norvège. Mon père a bu du champagne avec la sage-femme, c’est
ce qu’il m’a toujours raconté. Cette version est sans doute sympathique mais
j’en doute fort ! Personne ne pourra démentir ou certifier.
Je suis donc né trois ans après l’explosion de la bombe
d’Hiroshima. Mon futur beau-père revenait d’Indochine, il ne savait pas que
c’est du Vietnam qu’on lui parlerait. Un penseur au petit livre rouge
desserrait son col de doudoune et cheminait.
Je ne souviens plus du goût du lait de chèvre avec lequel on
m’alimentait. On m’a toujours dit qu’elle était blanche.
Je suis né au mois de février. Définitivement.
Et toi, c’est en septembre, c’est ça ?
Et si ça t'amuse, ou si si tu n'as pas le courage de lire, tu peux cliquer ici
http://files.filefront.com/3+fvrierwma/;9478424;/fileinfo.html




























