dimanche 25 janvier 2009
Tu me manques,
Je ne t’en ai jamais parlé mais je poserai ce soir quelques mots en souvenir de ma grand-mère. Il y a longtemps qu’elle n’est plus mais j’ai voulu « continuer son histoire »…
Je voudrais marcher encore auprès de toi. Je suis encore dans mon présent et toi, tu es déjà loin dans ton passé. Tu froisses parfois de vieilles dentelles de Calais, celles qui entourent les photos qui racontent le temps jadis. Dans le vieux buffet aux portes usées, la théière s’endort et s’empoussière. Ils sont loin les petits biscuits à la cannelle. Les tiroirs débordent de trésors que le petit bonhomme explore méticuleusement. Tu le regardes et ne dis rien. Il fouille un passé assoupi avec les ardeurs d’un aventurier des temps nouveaux.
Tu mets encore ta robe à grosses fleurs, celle qui te fait vivre le dimanche au quotidien. Tu manques de temps pour t’offrir des semaines entières. Tu m’as dit que ton automne s’est enfui, ne reste plus qu’un long hiver éclairci de roses de noël. Tu as eu toute une vie pour préparer le bois qui te chauffe aujourd’hui. Le petit bonhomme et sa petite sœur font pétiller ton atmosphère, ils parviennent encore à te faire rire, eux. Je t’ai vu jeter un coup d’œil malicieux vers le portrait pâli du grand-père droit comme un i majuscule.
Et lui Mamie, c’est qui ?
Lui, c’est plus qu’un ami. Il était mon mari,
compagnon d’une vie.
Pourquoi il est pas là ?
Il est parti là-bas, d’où on ne revient pas.
C’était votre grand-père, de vous il serait fier !
Et remettant une pelle de
charbon luisant dans ta cuisine, tu fredonnes une chanson dont je suis le
dernier à saisir les paroles.
Il fait bon chez toi.
Grand-Mère, tu me manques ce soir ! J’étais un tout petit bonhomme avec de toutes petites jambes et tu m’as porté sur ton dos, je m’en souviens encore. Quel fardeau pour toi, ce sac si lourd et cet enfant endormi ! Ce petit garçon qui se souvient des oies qu’il gardait avec sa baguette de coudrier, qui se souvient des soirs d’hiver sous les plumes si légères, des matins magiques où la nuit avait dessiné des fleurs universelles sur les vitres engourdies. Je me souviens de tes belles histoires du soir qui me faisaient fermer les paupières.
Je me souviens de tant de choses : des couleurs et des sons, des chansons aux paroles mystérieuses, des odeurs de thé et de fruits confits, des parfums de savon et d’eau de Cologne.
Grand-Mère, tu me manques ce soir ! Oui, tu me manques…
samedi 3 janvier 2009
Mots endormis.
Une nouvelle année commence. Certains m’ont dit, baissant la
tête, qu’elle commençait mal… D’autres, qu’elle avait drôlement bien commencé. Je
leur ai dit que c’était déjà bien de savoir qu’elle était commencée… Bien ou
mal, chacun mène sa barque. Et sur cette barque, que l’on peut faire avancer
seul, tu n’as jamais remarqué qu’il y avait toujours une petite place libre. Libre
pour y mettre quelque chose dirait Jean-François (Il se reconnaitra !). Libre
également pour inviter quelqu’un, quelqu’une. Un ami, une amie. Une femme, un
homme. Quatre pattes, pourquoi pas ?
Oui, chacun mène sa barque. La mienne est en pierre, amarrée
dans un petit jardin blotti entre d’autres. Caché à la limite de la ville, les
pieds dans la campagne. Juste assez loin pour ne pas entendre les rumeurs de la
vie citadine. Champêtre équilibre qui me convient bien et auquel je tiens.Voilà donc où je voulais en venir : mes doigts me
dictent parfois des mots qui surgissent d’où je ne sais. Ils s’alignent sur la
petite lucarne et je les trouve jolis. Je les regarde, je les lis, puis les
relis, et enfin les range dans un petit coin…et les oublie.
Ce soir, j’ai passé un peu de temps à gratter ces fonds de
malle oubliés et j’ai trouvé ces quelques lignes que j’ai écrites au cours de l’hiver
dernier. Ou du précédent. Je ne parviens guère à m’en souvenir. Mais ça me
plait encore.
Il ne faisait pas froid mais le vent du large avait un peu
sévi. Les flammes ronronnaient depuis des heures sans déranger la quiétude des
vieux murs. La p’tite Fanette se laissait engourdir par tant de bien être… Les
flammes dansaient comme les vagues qui caressaient son île. La musique très
présente la faisait vibrer. Par la fenêtre, un oiseau bleu passa sans
interrompre son vol. Son ami ne passera pas ce soir, il est trop loin. Il a
planté son drapeau de l’autre côté du monde, dans une ville dont elle avait
oublié le nom. Une ville comme une autre.
Elle se coula dans la baignoire et se laissa onduler. Pourquoi
ne l’avait-elle pas suivi lors de la dernière migration ? Elle se posait
encore la question.
Et lui ? Pourquoi avait-il décidé de le réaliser ce voyage
sans fin, ce trop long voyage ? Il était solide mais le sac qu’il portait
s’alourdissait de jour en jour. Il lui avait dit de ne pas l’attendre. Ils se
sont promis de s’échanger quelques mots, la technologie le permet aujourd’hui.
Un simple satellite, un ordinateur, quelques mots et le monde continuerait sa
route.
Le bain tiédissait, un apport d’eau chaude le prolongea.
Les flammes dansaient et leur ronde développait une quiétude
très rassurante.
Il faisait bon dans la petite maison du bout du monde. Dans
la pièce du fond, les enfants chantaient…
lundi 3 novembre 2008
Mots jetés

jeudi 30 octobre 2008
Lignes endormies
J'avais écrit ces lignes il y a quelques mois. Elles s'étaient endormies mollement dans un coin du disque dur, elles sentaient que je ne les aimais pas beaucoup. Et puis il y a eu une petite lumière dans la nuit qui m'a incité à les publier ici. Bien sûr, j'ai cherché une photo pour illustrer mais comme tu peux le constater, je l'avais déjà prise il y a quelques temps. Vraiment pas doué pour les collages, j'ai utilisé les feuilles récupérées dans un coin de mes soixante-quatre mètres carrés!
Tu te demandes peut-être pourquoi j’aime m’asseoir sur mon banc de pierre alors que l’air se rafraichit ? C’est qu’il est le seul endroit où je peux méditer dans le calme et la sérénité. C’est le seul endroit où les visages de ceux que j’ai aimés viennent se blottir sous mes paupières, nimbés dans de doux souvenirs. Je préfère l’heure de la grande bascule, quand l’air du jour cède la place à l’air de la nuit.
S’intercalent ensuite les visages de ceux que j’aime. L’harmonie du bouquet se fait seule, au gré des hasards de la chimie de mon cerveau. Tu ne seras pas surprise si je te disais que souvent mes bras se referment sur le vide. Pas sur le néant. Elles et Ils sont plus loin que la longueur de mes membres. La terre tourne et les visages passent. Pourtant, j’aurais tant besoin de serrer, d’embrasser et de caresser aussi. J’ai besoin d’aimer, de partager et d’échanger également. Dans les minutes moites qui précèdent le soir profond, il m’est plus facile de leur parler en secret. Car il ne faut pas que ça se sache ! Il ne faut pas que l’on sache que je converse encore avec les contemporains qui vivent loin et les absents qui sont si près. Pourquoi ? Me demandes-tu ? Tu peux demander, je ne te répondrai pas. Je ne donne pas de réponses quand je n’en ai pas. Tu le sais bien.
Le petit
chat est fâché après moi. J’avais oublié que nous ne vivions pas dans la même
dimension. Il n’a pas apprécié mes caresses. Ou les repas que je lui ai
offerts. Il a déjà oublié que je l’avais nourri au biberon quand il s’était
retrouvé seul, bousculé par les vicissitudes de la vie. Je n’espère qu’une
chose, qu’il revienne se frotter contre moi. Je le reprendrai comme autrefois,
en le respectant.
Me voici
dans le bureau. Mon bureau. Mon domaine. J’y vois venir la nuit, parfois
poindre le petit jour. Les merles des étés naissants s’y font entendre par la
fenêtre toujours ouverte. Ou entrouverte. Les livres se sont endormis mais la
poussière ne parvient pas à les tenir au chaud, j’y veille. Un véritable cocon
de papillon nocturne.

lundi 27 octobre 2008
Quelques notes de pluie
La pluie officie sur les
vitres récemment nettoyées. J’aime les vitres propres, sans doute à cause d’un
port éternel de lunettes, les lentilles m’étant interdites. Je suis entré dans
la pièce pour y déranger le silence qui s’y reposait depuis trop longtemps.
Inutile de choisir un CD, il était en place. Jean-Sébastien Bach pour débuter,
comme d’habitude. Bien installé dans mon fauteuil scandinave, je regarde les
passants pressés passer sous la pluie persistante. Les feuilles des bouleaux
pleureurs se chagrinent sur le boulevard et tourbillonnent avant de s’amollir
dans un coin. Les voisins d’en face ont fermé leurs volets et se livrent à des
heures bleues.
Curieusement, la musique se
fait discrète et circulent des questions futiles. Ce sont les seules que je
tente de comprendre, je laisse les autres à ceux qui en veulent.
Pourquoi tu n’écris pas plus souvent ? Parce que je n’ai rien à écrire, tout
simplement ! Parce l’ordinateur n’est pas toujours disponible ! Parce
que mon clavier est en panne d’encre ! Parce je fais mes courses dans le
magasin du coin et que j’y rencontre Daisy et Philippe avec qui j’aime me
tailler une bavette ! Ou Marc et Béatrice ! Parce mes godillots
m’emmènent en vadrouille pendant quelques heures à l’autre bout du canton et
qu’il faut en revenir ! Parce que le robinet de la cuisine fuit et que je
n’ai pas le bon joint et qu’il me faut courir chez le fournisseur !... Et
puis aussi…parce que !
Tu chausses du combien ? Jusqu’à maintenant, je chausse du quarante
trois !
Comment ça va ? Je vais fort bien et j’espère que ça va durer !
J’ai donc répondu à trois
questions importantes, dignes d’avoir une réponse. Pour les autres, il faudra
attendre que la pluie cesse de perler, que l’automne laisse sa place à la
saison suivante, que mon thé refroidisse juste ce qu’il faut…
Le silence de cathédrale de
tout à l’heure a été rompu avec talent. Je change de registre : un disque
des Pink Floyd. À chacun ses goûts !
Dehors, les gouttes de pluie se disputent la place sur les baies. Je n’ai pas envie de sortir mais plutôt un furieux désir : celui de confectionner une tarte au sucre. Tu sais, la fameuse « tart’au chuc » des Chtis ! (Qui a dit que ça faisait grossir ? Les mauvaises langues !... comme d’habitude !).
Remue-ménage dans la cuisine.
Farine, sucre et patati et patata… Ce soir, une belle part au dessert, ne
serait-ce que pour vérifier l’exactitude des dosages, du bon usage des
ingrédients, du bon fonctionnement du four… Je passe sur le reste.
Retour dans le fauteuil. La
pluie officie sur les vitres récemment nettoyées. Je regarde les passants
pressés passer sous la pluie persistante. Les feuilles des bouleaux pleureurs
se chagrinent sur le boulevard et tourbillonnent avant de s’amollir dans un
coin.
La tarte se dore…
Je m’endors…
dimanche 7 septembre 2008
Il y a des jours...
Il y a des jours où même la terre semble ne pas tourner rond. Depuis quelques jours je n’y trouve que des coins. J’ai beau essayer sans cesse d’arrondir les angles, je découvre sous chaque respiration, sous chaque pas, sous chaque signe extérieur une arête que je ne parviens guère à avaler.
Il y des jours où mon fruit préféré se fait amer, où les pépins de raisin ne font que s’écraser sous mes semelles dans une cuisine fraîchement nettoyée, où les mots les plus anodins se couvrent de piquants, où les élans les plus amicaux se heurtent aux murs, où les gestes de préservation de mon quotidien se fissurent.
Il y a des jours où je perds à chacune de mes parties de cartes solitaires, où les petits enfants me manquent, où l’on n’arrive pas à se faire comprendre de l’autre, où l’on ne comprend pas l’autre, où le chat ne fait que miauler en pleine nuit.
Il y a des jours gris où le moral ne parvient pas à se colorer, où le soleil manque plus d’autres jours, où même le miel n’a pas le goût de miel, où l’absence d’un ami ou d’une amie est plus pesante que le plomb du ciel.
Il y a des jours pires que d’autres encore. Des jours où l’on perd un ami. Ou une amie.
Et puis il y a les jours où l’on retrouve les photos d’une escapade au bord de la mer, où les vagues étaient venues nous caresser la plante des pieds, où nos pensées s’envolaient avec légèreté, où notre main en tenait une autre, où même les oiseaux semblaient sourire.
Il y a les jours où le pain est juste assez cuit et nourrit même nos narines, où la confiture sent bon les abeilles ivres de soleil, où soixante-quatre mètres carrés de jardin illuminent la journée qui commence.
Il y a les jours où l’on apprend que l’amitié est fidèle au rendez-vous, où l’on peut gambader comme un fou, où l’on échange des regards sans arrière-pensées, où l’on se donne des baisers pour le plaisir de les donner.
Il y a ces jours bénis où la moindre miette nous ravi, où la main d’un ami est plus précieuse qu’un rubis, où l’on sourit à la vie.Oui.
J’ai retrouvé ces photos que j’ai gardées pour mon plaisir. Égoïstement. Je te les offre. Je les ai prises sur une plage où je me sentais particulièrement…bien.
vendredi 23 mai 2008
Une page d'écritemps...
J’écris pour passer le temps. Non pas pour tuer le temps, il renaîtrait sans cesse de ses cendres mais bien pour le passer. Comme on passe
un gué, ou comme on passe d’une rive à une autre, ou comme on passe le sel à
son voisin de droite. Ou de gauche.
Je suis heureux de me réveiller vivant. Je ne suis pas
parfait, on me l’aurait dit je crois. Ou je le saurais ; ce serait d’un
ennui ! Je préfère ne pas y penser !
Je me réveille vivant. Et cela chaque matin depuis soixante
ans ! Soixante fois trois cent soixante cinq levers
« vivant » ! Et je ne compte pas les années bissextiles et les
matins de brumes cérébrales qui ne sont même plus un souvenir. L’un dans
l’autre, ça doit faire le compte.
Plusieurs fois je me suis couché et levé dans la même
journée. Et inversement.
Je me suis moins souvent couché heureux que levé heureux. Je
n’ai pas pris de notes, je ne peux donc pas vérifier la véracité de mes dires.
Je m’imagine au lit, un calepin dans une main, un crayon dans l’autre, notant
mes faits et gestes. Et ma solitude avait été rompue en ces moments-là,
j’imagine mon trouble…
« Tu prends des notes ou tu me donnes une
note ? »
Quel manque de savoir-vivre ! (il doit y avoir d’autres
mots pour décrire plus explicitement la situation, je compte sur vous !).
Ce soir, j’ai regardé passer les mots. As-tu remarqué comme ils
savaient se différencier les uns des autres ? Je ne peux analyser le fond
de ma pensée et donc pas l’exprimer. C’est ainsi. Les quelques professeurs dont
j’ai croisé le chemin me l’ont assez reproché. Ça ne m’a pas empêché de
regarder par la fenêtre quand j’en avais envie. Les cours de certains étaient
souvent plus longs que les chants d’oiseaux dans les cerisiers. Une fenêtre
doit toujours être ouverte ou fermée : entre nous, je la préfère
ouverte ! Il y a toujours quelque chose à voir même si parfois on n’entend
qu’un coin de ciel…
Pour l’heure, je n’ai toujours rien dit d’intéressant mais
il fait doux dehors. Gigi vient de faire claquer un volet de bois. Le bruit des
trains voyage jusqu’ici, la brise vient de l’Est. Les nuits de mai aromatisent
mon bureau de ces clameurs qui se distillent sous les rideaux. J’en laisserai
entrer les moustiques, pour le plaisir… Pour le plaisir de les regarder vivre.
J’y pense : je n’ai pas de photos de moustiques ou de
bruits de train ! M’en voudrais-tu si je pose ici quelques regards que
j’ai figés pour me faire plaisir ? C’était au bord de la mer, tout contre
une falaise amoureuse…
Et cette dernière a été prise au dessus des douves d'un château féodal longtemps oublié...
mercredi 9 avril 2008
Ça te fait sourire...
Me voila une fois de
plus assis devant mon clavier.
Les touches d’antipapier
s’ennuient à l’heure de l’angélus.
Une amie me demande
des lignes ou des images ou des signes.
Je ne sais pas écrire
ça te fait sourire.
J’écoute
Jean-Sébastien et ses notes magiques,
Il m’emmène vers
demain, je le trouve fantastique !
Mais revenons à nos
boutons, ceux que je frappe à tâtons
Pour enfiler des mots
des petits, jamais des gros !
Cette nuit, que
vais-je écrire avant de voir le jour refleurir ?
Je sais ! J’ai
trouvé ! je vais parler de toi !
Je vais aligner des
idées réprouvées tout en restant courtois !
Mes doigts vont
galoper sans jamais se télescoper.
Deux heures plus tard,
fatigué, les yeux hagards
La tête pleine de
rêves qui bouillonnent sans trêve
Je n’ai fait que
penser à toi en te caressant du bout des doigts.
Pas de mots ce soir.
Rien à faire :
au revoir!
Et comme je t'aime bien,
Je t'offre quelques vues de mon jardin!
samedi 5 avril 2008
Trois heures viennent de sonner...
Trois
heures viennent de sonner, je ne dors pas encore. Les volets baissés laissent
filer les rumeurs silencieuses de la nuit. J’ai les yeux grands ouverts. Je
dois avoir des oreilles immenses à force de les tendre. J’en arrive à entendre
mes pensées. Je les entends m’interpeler. La maison est si grande qu’elles se
perdent plusieurs fois avant de me revenir.
Un
chat s’aventure dans la longue gouttière. Il tâtonne dans la nuit et s’assure à
chaque pas. Que cherches-tu, chasseur nocturne ? Quelque oiseau égaré ?
Un compagnon d’infortune ? Des amours dispersées ?
Merci
aventurier de la nuit !
Je
capte mieux les bruits, ceux qui viennent de plus loin. Marcel va partir avant
les premières lueurs. Je n’entends jamais démarrer son camion. Je le taquine
toujours en affirmant qu’il doit le pousser jusqu’au sommet de la pente avant
de le laisser rouler en silence.
Après
ces grands silences viennent les premiers petits bruits. Mes pavillons se
tendent, grandissent. Les nids se réveillent.
-Bonjour !
Tu as bien dormi ?
-Il
va faire beau !
-Il
n’a pas plu, il va falloir trouver de l’eau.
-L’air
est déjà très doux !
-Le
soleil enlumine l’horizon…
-Je
t’aime.
Six heures viennent de sonner, je ne dors pas encore. Les volets baissés laissent filer les rumeurs naissantes du jour. J’ai les yeux encore entrouverts. Je n’entends plus mes pensées, elles ne m’interpellent plus. Elles se sont perdues dans la maison qui s’éveille.
Et je m’endors…
jeudi 27 mars 2008
C’est toi qui me réconfortais.
Je
me souviens que ce jour-là, je me suis assis au bord de ton lit et avant de se
dire bonjour, nous nous sommes longtemps regardés, comme d’habitude. Ce long
moment de redécouverte de l’autre se terminait toujours par un sourire
simultané. Le temps du salut était venu. « Je vais bien ! Et
toi ? »
Je ne savais que répondre à ta
question. J’allais bien, ma santé ne me posait aucun souci et il faisait beau.
Mais toi, mon Ami ! Mais toi, dans
ton lit, immobilisé par ce mal dont le nom seul avait fait fuir ceux qui
étaient les plus proches. Toi qui gardais un moral inoxydable. La corrosion
était muette. Rien ne te trahissait.
J’avais honte de me plaindre de mes
petits bobos de citadin. Oui, je sais que je n’avais pas besoin de te les
dire ; tu savais déjà tout ça par cœur. C’est toi qui me réconfortais.
C’est toi qui me disais les mots que je ne savais plus dire. C’est toi qui m’as
dit de cueillir les petits bonheurs, ceux que les hommes pressés laissent se
flétrir au bord du chemin.
J’ai laissé sommeiller tes paroles
égoïstement dans un coin secret de mon cœur. Et puis j’ai rencontré des
oreilles attentives, comme pouvaient être les tiennes. J’ai raconté ces petits
riens que toi seul savais si bien emplir de vie, à les faire exploser.
J’ai encore ta photo mais ton visage
s’estompe.
J’entends encore tes mots mais leur
musique s’envole.
Je vois encore ton sourire mais il me
semble si loin.
Je me souviens de ton dernier regard.
Je me souviens que le lendemain,
tu…
J’ai écrit ces lignes le 6 mai 2005. Le souvenir de mon ami d’enfance fait partie de moi, de tout ce que je vis, de tout ce que je ressens, de tout ce que je fais. Seule la maladie a réussi à nous séparer pour l’instant.
Ce soir, j'ai écouté le Requiem de Gabriel Fauré.
http://www.youtube.com/watch?v=EJMSoRu9r6U&feature=related








































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