lundi 12 mai 2008
Escapade normande...
Diésélito a ronronné tout le long du chemin et m’a ramené tout souriant au cœur de mes soixante-quatre mètres carrés. Il a ronronné comme l’aurait fait Chatoune dans le creux d’une épaule hospitalière (je voulais dire « accueillante » !) les jours où la vie s’écrit sans majuscule.
La maison et ses murs de
briques rouges, le toit et ses tuiles grises, le jardin et ses fleurs pétantes
de couleurs, la pelouse et ses fourmis d’Argentine, le banc de pierre et ses
fougères accueillantes, tout était en place ! Malgré les multiples
rotations du globe terrestre, rien n’avait changé !
En Normandie, j’ai passé
quelques jours délicieux, difficile de faire autrement.
J’ai apprécié les cieux, j’ai
apprécié la mer.
J’ai apprécié à petites
gorgées, et petites et grosses bouffées. Le soleil, ce taquin, a presque fait
croustiller ma peau mais je ne me suis pas laissé faire. J’avais prévu la
pluie, c’est tant pis ! Pas une seule goutte, même à l’horizon ! Je
ne saurais pas si les escargots sourient en Normandie ! Les seuls animaux
entreprenants visibles et actifs furent les huîtres et les coquillages !
Je te sens sceptique, je te
raconte…
Assis en traître sur un coin
discret de sable tiède, je contrôlais habituels sur les sens de rotation de la
planète, sur l’étanchéité de mes paupières (en pointillé seulement, je n’ai pas
les nerfs assez solides !), sur la linéarité du vol des oiseaux de mer. Tu
peux donc imaginer à quel point j’étais occupé ! Malgré une concentration
intense, mon regard fut violemment attiré par une scène dont la rudesse était
inimaginable. Je te raconte en y mettant une bonne dose de délicatesse afin de
t’éviter des émotions trop fortes.
À mes pieds, dans le sable
humide de la dernière marée, un bigorneau joufflu était poursuivi par un
bivalve agressif. J’ignore le nom de ce dernier. Un combat acharné était engagé
et les adversaires se défendaient hardiment. Soixante-quinze minutes
d’engagement total. J’étais épuisé, je n’en pouvais plus ! Je ne savais
que faire ! Je ne pouvais m’engager, je tiens trop à la vie !
C’est alors qu’un crabe
mélancolique, moustaches au vent, mit fin aux hostilités d’un claquement de
pince !
«Bon ! Ça suffit
maintenant ! »
Ces paroles, j’ai tenu à te
les rapporter avec quelques vues de la plage témoin. Une plage de Normandie, du
côté d’Agon-Coutainville.
jeudi 1 mai 2008
Maison oubliée...
Je t’en avais parlé
un soir au bord du marais mais je ne me souvenais plus des détails. L’autre nuit,
alors que les rêves ne parvenaient pas à s’ordonner d’eux-mêmes, je me suis
levé pour noter quelques mots que je mets en ordre. Du moins, j’essaie.
Je t’avais raconté
qu’un jour, au cours de l’une de mes errances coutumières, je suis tombé par
hasard sur une vieille maisonnette. C’était une très vielle maisonnette. Quatre
murs obscurs, assombris par les nombreux arbres qui les dominaient. Un toit que
j’avais d’abord cru de chaume mais qui, en réalité, était de lauzes couvertes
de mousses et autres herbacées. Les petites fenêtres étaient devenues
minuscules par le foisonnement des arbrisseaux en forme de couette d’hiver.
S’en dégageait une odeur de mystère ou de secret. Un parfum d’interdit en
barrait l’accès. La porte baillait et semblait ne plus vouloir se refermer à
jamais. J’étais sûr que personne n’était venu ici depuis longtemps.
À l’intérieur, la
poussière ne luttait plus pour la conquête de l’espace : elle avait établi
son empire depuis plusieurs éternités. Quelques oiseaux devaient y passer
quotidiennement et ma présence les avait dérangés. Une cuisinière à bois ou à
charbon, hors d’âge, rouillait paisiblement. Les odeurs de la cuisine étaient
étrangères aux lieux depuis des années sans lumière. Une vielle armoire pourrie
menaçait de s’écrouler et l’anarchie présente me faisait sourire. Point de
table ni de chaises, mais un mélange de morceaux de bois informes qui gisait au
milieu de la pièce.
Je n’y suis pas
resté longtemps, ma sécurité en dépendait. Au dehors, je restai perplexe devant
la fantomatique bâtisse. Dans l’avenir, verra-t-on encore de ces maisons que
l’on abandonne au bord de la vie ? De nos jours, de plus en plus, dès
qu’une maison est trop vieille, ou trop moche, ou pas assez je-ne-sais-quoi, on
la démolit. Une autre aussitôt renait, vide de souvenirs. Et l’histoire
recommence… Avec d’autres occupants.
Mais que sont
devenus les souvenirs de ceux qui ont vécu ici avant ? Moi j’en connais
quelques-uns mais il faudrait que tu viennes t’asseoir sur mon banc de pierre
un soir d’été, à l’heure où les chauves-souris font les extravagantes, où les
étoiles se font belles, où la nuit se parfume d’invisible, où la terre n’attend
plus que nous pour faire un petit tour supplémentaire. C’est l’heure le temps
prend son temps… Je te raconterai les souvenirs que je ne connais pas.
En attendant, je ferme mes valises. Samedi matin, à l’heure que je ne connais pas encore, j’entamerai une courte migration. Mon petit moteur murmurera et ronronnera jusqu’à la Normandie. Oui, j’ai envie de faire la Manche pendant quelques jours. Je te raconterai.
samedi 26 avril 2008
Un samedi matin, dans le jardin...
Mais où étaient donc mes petites
visiteuses ? Elles me manquent ces abeilles et leurs cousines,
sympathiques à leur manière. Il est encore tôt, le printemps n’a pas encore
réchauffé les soixante quatre mètres carrés, ni le monde d’en dehors
d’ailleurs ! Dans un ciel abandonné par les nuages d’un hiver qui ont mis
bien longtemps avant de boucler ses valises, je ne vois pas encore voleter les petits
insectes. Le temps n’est sans doute pas encore venu…
Pour l’instant, je m’installe
derrière les nouvelles feuilles des andromèdes qui enflamment chacun des coins
qu’elles occupent. Les plantes se déplacent au gré des ensoleillements, des
saisons, des vents et autres facteurs. Elles occupent, pour la plupart d’entre
elles, un pot à leur taille. Ce qui permet au jardin de changer son ambiance,
sa structure, sa disposition. Ces vagabondes profitent des premiers rayons du
soleil et vont se réfugier dans les endroits qui leur conviennent. Je reste
assis et admire les petites feuilles qui se déplient en lançant leurs
flammèches luisantes vers le ciel.
C’est le matin que je
préfère ! Je m’installe dans la cuisine, pivot vivant de la maisonnée. Les
rideaux s’écartent largement et le jardin s’offre tout entier. Le soleil se
faufile entre les branches du jardin voisin, et vient lécher la charmille
verdissante. La lumière change à chaque instant, l’ambiance évolue à chaque minute.
Mon lait s’imprègne d’un goût de miel si doux. Les parfums de l’air matinal
tentent de s’infiltrer par la croisée à peine entrouverte. Ils caressent les
narines si discrètement…
Les hostas s’éclatent entre
copines et leurs coquets feuillages illuminent le bord de la terrasse.
Panachées ou monochromes, je les adore. Elles savent occuper élégamment les
petits coins difficiles. Je sais qu’elles ne sont pas les seules à pouvoir le
faire mais elles sont mon choix.
C’est l’un des moments que je
préfère peut-être… L’hiver qui joue les migrateurs, les jours qui grignotent
les nuits, le retour des butineuses et des fleurs volantes, la renaissance d’un
jardin clos qui, même fermé, est tout vert.
Et tu vois, ce qui me plait le plus, c’est de
m’asseoir là auprès de quelqu’un de j’aime bien. Même si bien trop souvent, ce
n’est que virtuel, partager mon banc de pierre une fraction d’éternité. Et me
dire « On est bien, hein ! »
mercredi 23 avril 2008
Toujours au marché...
Je me suis donc laissé échouer sur une caisse d’oranges vide
sur le bord du trottoir. Et j’ai attendu. Je t’ai attendue. Ils furent des milliers à passer sans me voir. Que c’est vide
un marché quand on ne peut plus acheter la moindre lueur d’espoir. Je ne voyais
pas ceux qui étaient là, je voyais ceux qui n’étaient pas. Les étals
trépassaient par les absences, les caisses s’empilaient par jalousie.
Deux
enfants semblaient bien seuls, les yeux tournoyant comme des fanaux égarés en
haute mer pendant une tempête d’équinoxe. Me voyant assis, ils vinrent vers moi
et me demandèrent l’heure. Ce n’était pas ce qu’ils voulaient mais que
m’importait, je leur donnai. Voyant une dame affolée qui regardait les yeux
écarquillés dans toutes les directions à la fois, je lui fis signe de la main
et d’un sourire ! Les trois perdus se retrouvèrent et s’embrassèrent et se
reprochèrent et s’en allèrent…Sans un mot, sans un regard, sans un sourire.
J’ai abandonné ma caisse d’oranges. Je venais juste de me
souvenir que ce n’était pas ici que nous avions rendez-vous mais devant le
fourgon de Jean-Jacques.
Je sais que tu vas me dire : c’est bien moi çà !
Ce n’est aussi triste qu’il n’y parait, un marché où l’on peut trouver et se retrouver.
mardi 22 avril 2008
Je reviens du Marché...
Ce qui m’étonne toujours le plus
sur un marché, c’est surtout les promeneurs, ceux qui sont là pour rien. Ils
arpentent les rues ou les places, se glissant entre les marchands, cherchant je
ne sais quoi ou je ne sais qui. Dans ma ville, les pavés ne sont jamais
solitaires. Les promeneurs sont nombreux et si des chevaux circulent dans la
rue c’est pour s’exhiber. Je crois.
Je me laisse parfois échouer sur
le bord de ce fleuve humain et je fais une pause. Les ressacs emmènent les sacs
tantôt vides, tantôt pleins. Un océan de marchandises, de victuailles,
d’odeurs, de vêtements, tourbillonne d’un bout à l’autre de la rue. Il y a
comme un goût de moyen-âge qui s’éternise. Il m’arrive de me laisser envahir
par une confuse et extravagante envie d’empoigner ma guitare et de chanter les
aventures rocambolesques de fil et de chaussette.
« Ne pleure pas
chaussette
Lalalalalalalalala
Ne pleure pas
chaussette
Nous te
raccommoderons
Nous te
raccommoderons…
Avec du fil de laine
Lalalalalalalalala
Avec du fil de laine
Ou avec du coton
Ou avec du coton…
Je ne veux pas de
laine
Lalalalalalalalala
Je ne veux pas de
laine
Encore moins de coton
Encore moins de
coton… »
(Du moins, il faudra que j'essaie un de ces jours...)
















